L'océan Pacifique sait « éternuer ». Tous les quelques années, l'eau chaude s'étend des côtes indonésiennes vers l'Amérique du Sud, provoquant ici des inondations, là des sécheresses. Ce phénomène est appelé El Niño, ou ENSO. La question centrale est la suivante : s'affaiblit-il de lui-même, comme une balançoire qui s'arrête si on ne la pousse plus ? Ou bien possède-t-il un moteur interne qui l'entretient ?
Il est difficile de le vérifier. Les scientifiques utilisent un modèle simple qui réduit tout à deux nombres : la température de l'eau et l'épaisseur de la couche chaude. À partir de ces nombres, le modèle indique si l'anomalie croît ou s'affaiblit. Et voici l'étrangeté : presque toujours, il dit « s'affaiblit ». Les auteurs de la nouvelle étude ont décidé de vérifier si le modèle lui-même ne mentait pas. Ils ont créé une simulation informatique où ils connaissaient précisément la réponse, puis ils ont appliqué à cette simulation la même méthode que celle utilisée sur les données réelles.
Pourquoi donc ? Le modèle est trop simple. Il ne prend pas en compte de nombreux détails, et ces détails non pris en compte sont « absorbés » dans les paramètres, ce qui les fausse. C'est comme observer un pendule à travers un verre dépoli : il semblera toujours s'affaiblir, même si un ressort le pousse. Par conséquent, la conclusion sur l'affaiblissement d'El Niño pourrait être erronée. En réalité, il est possible qu'il s'auto-entretienne. C'est important, car le système serait alors plus fragile et pourrait changer brusquement de comportement si le climat se réchauffe.
Le temps d'affaiblissement de l'ENSO, estimé par l'ajustement standard, est d'environ 1.9 an, mais les formules analytiques donnent 3 ans. Cette différence pourrait être précisément la conséquence du biais découvert par les auteurs.