Deux pendules sont accrochés au même mur et oscillent en désordre, mais soudain ils se mettent à bouger comme un seul, seulement avec un retard de dix-huit mois. Un pendule, c'est la mousson indienne, ce vent saisonnier qui apporte la pluie sur les champs d'Asie du Sud. L'autre, ce sont les eaux profondes des océans tropicaux, qui accumulent lentement la chaleur et s'en souviennent pendant des années.
Autrefois, les scientifiques observaient la température de surface du Pacifique pour prédire les pluies en Inde. Mais la relation tantôt se renforçait, tantôt s'affaiblissait, et la prévision semblait impossible. Puis ils ont eu l'idée de regarder plus profond, vers la couche d'eau où la température atteint 20°C. Cette couche évolue lentement et garde la mémoire de l'océan pendant des années, contrairement à la surface qui oublie tout en quelques mois.
Désormais, on peut établir des prévisions de la mousson indienne un an et demi à l'avance. C'est important pour les agriculteurs qui planifient les semailles, et pour les villes qui stockent l'eau. Deux pendules sur le même mur ne se contentent pas d'osciller côte à côte, ils s'entendent à travers l'épaisseur de l'océan.
La profondeur de l'isotherme 20°C sous les tropiques varie de plusieurs dizaines de mètres, et ces vagues lentes se souviennent de l'état de l'océan pendant des années, tandis que la surface oublie tout en quelques mois.