Un bit magnétique qui bascule sous une simple bouffée de courant, plutôt que sous un puissant aimant. C'est ainsi que fonctionne le nouveau dispositif : une fine couche du matériau magnétique Fe3GaTe2 repose sur un film de platine. Lorsqu'on fait passer une brève impulsion électrique dans le platine, la couche magnétique change la direction de son aimantation. C'est comme si une légère brise tournait la page d'un livre, alors que d'habitude il faut y mettre la main.
Auparavant, pour de tels interrupteurs, on utilisait des alliages métalliques difficiles à rendre minces et à intégrer sur des puces en silicium. Le nouveau matériau Fe3GaTe2 appartient à la famille des magnétiques de van der Waals. Ce sont des cristaux en couches, semblables au graphite d'un crayon : on peut les cliver en plaquettes très minces. Les chercheurs ont pris une couche de 37 nanomètres d'épaisseur, soit des milliers de fois plus fine qu'un cheveu humain, et y ont déposé une couche de platine de 4 nanomètres. Ensuite, ils ont gravé un motif spécial en forme de croix pour courber le champ électrique.
Les mesures ont montré que le dispositif conserve son état de manière stable à température ambiante, et que l'énergie nécessaire pour écrire un bit n'est que de 1,5 fJ. C'est à peu près l'énergie d'un photon de lumière visible. En comparaison, les dispositifs actuels à base de tungstène et de cobalt-fer-bore nécessitent 40 fois plus d'énergie. Cette économie d'énergie pourrait conduire à des puces qui chauffent moins et fonctionnent plus longtemps sur batterie, ce qui est particulièrement important pour les téléphones, les capteurs et les systèmes d'intelligence artificielle.
L'énergie de 1,5 fJ est comparable à celle d'un photon de lumière visible, mais elle suffit pour commuter un bit magnétique.