Un récepteur radio réglé sur une station se met soudain à capter une autre, parce qu'une main invisible tourne le bouton de réglage. C'est exactement ce que fait le signal radio du pulsar PSR J2144−5237 : la fréquence à laquelle son émission s'affaiblit brusquement se déplace en douceur de 0,8 à 3 gigahertz pendant que l'étoile fait le tour de sa compagne. Les astronomes avaient déjà remarqué que le spectre du pulsar change à différents points de l'orbite, mais ils n'avaient jamais pu suivre ce déplacement en continu. Aujourd'hui, grâce au récepteur à large bande du radiotélescope de Parkes, c'est chose faite.
Un pulsar est une étoile à neutrons en rotation rapide qui émet des impulsions radio comme un phare. Dans un système binaire, il a un compagnon entouré d'un nuage de particules chargées, c'est-à-dire un plasma. Lorsque le pulsar se déplace sur son orbite, son faisceau traverse différentes parties de ce nuage. Dans les zones denses et magnétisées, les ondes radio sont absorbées plus fortement, et la fréquence de cassure se déplace vers le haut. Les deux composantes impulsionnelles du pulsar, qui correspondent à différents pôles magnétiques, varient de la même manière. Cela signifie que la cause n'est pas interne à l'étoile, mais externe : elle réside dans le nuage de plasma commun.
La modélisation a montré que le mécanisme d'absorption principal est la résonance cyclotronique : les particules du plasma, en tournant autour des lignes de champ magnétique, prélèvent de l'énergie aux ondes d'une certaine fréquence. La simple absorption dans un gaz ionisé ne suffit pas ici. Cette méthode peut être appliquée à d'autres pulsars binaires dès maintenant. En suivant les variations de la fréquence de cassure, on peut estimer la densité électronique et l'intensité du champ magnétique dans le plasma qui entoure le compagnon. Ainsi, la main invisible qui tourne le bouton de réglage devient visible.
La fréquence de cassure varie d'un facteur quatre au cours de l'orbite : de 0,8 à 3 GHz. C'est comme si un récepteur radio s'accordait tout seul de la bande FM à la bande Wi-Fi, en suivant le mouvement d'une étoile invisible.