Si l'on dirige un faisceau laser intense vers une cellule, il la saisit comme une pince, mais en la brûlant au passage. Une cellule de levure exposée à cette lumière cesse de se diviser, car les photons endommagent ses mécanismes internes. Des chercheurs de Rio de Janeiro ont trouvé le moyen de supprimer la lumière au centre du piège. Ils ont combiné trois faisceaux laser qui convergent non pas en un point unique, mais autour de la cellule, comme les murs d'une pièce. Au milieu, là où se trouve la cellule, il y a très peu de lumière, mais autour d'elle se forme une cage de lumière sans barreaux.
Pour que la lumière repousse la cellule au lieu de l'attirer, ils ont ajouté de l'iodixanol au milieu de culture. Cette substance rend le milieu plus « dense » pour la lumière que la cellule elle-même ; les photons exercent alors une pression sur la cellule depuis l'extérieur, comme l'eau sur une bulle d'air.
Jusqu'ici, les pièges sombres n'étaient utilisés que pour des particules non vivantes ; les cellules vivantes, on les maintenait avec une pince ordinaire en acceptant les dommages. À présent, pour la première fois, on montre que des levures dans une pièce de lumière non seulement survivent, mais se multiplient pendant des heures. C'est comme tenir un papillon dans ses mains sans toucher ses ailes : il continue de vivre sa vie. Les biologistes pourront suivre une cellule tout au long de son cycle sans interférer.
L'iodixanol, ajouté au milieu, a été initialement développé comme agent de contraste pour les examens radiologiques, et il aide aujourd'hui à maintenir les levures dans l'obscurité.
Dans le roman d'Arthur C. Clarke, « Rendez-vous avec Rama », un vaisseau extraterrestre utilise des champs de lumière pour manipuler des objets ; les pièges sombres font un pas vers une telle manipulation « sans contact » d'organismes vivants.