Un aspirateur aspire la poussière, même si la concentration de poussière est plus élevée à l'embouchure que dans le sac. Dans un tokamak, les particules de plasma font de même : elles se dirigent vers le centre alors que leur densité est plus élevée en périphérie. C'est étrange, car d'habitude, tout se répand des zones denses vers les zones moins denses.
Les scientifiques ont lancé une simulation informatique et ont observé comment un pic de densité se forme au centre à partir d'un profil plat. D'abord, les particules sont transportées par des tourbillons turbulents, un peu comme une foule qui se transmet des personnes dans la bonne direction. Ensuite, un champ électrique entre en jeu et attire lentement les particules vers l'intérieur.
On pensait auparavant que le champ électrique ne pouvait pas attirer les particules, mais les scientifiques ont pris en compte la résistance du plasma et ont trouvé un léger décalage qui change la donne. Lorsqu'ils ont désactivé cet effet, le pic de densité a disparu. Cela prouve que l'aspirateur fonctionne réellement.
C'est important pour les réacteurs de fusion : si l'on sait où les particules de combustible vont se rassembler, on peut mieux confiner le plasma et construire des installations plus efficaces.
Dans la simulation, les particules « nagent à contre-courant » : elles se déplacent du bord vers le centre, alors que le gradient de densité est initialement dirigé vers l'extérieur. Ce transport contre-intuitif est possible grâce à la corrélation entre les fluctuations de densité et le champ électrique, et non à la diffusion ordinaire.
L'idée d'une compression spontanée du plasma vers le centre fait écho au concept de « pince » dans la science-fiction, par exemple dans le roman de Larry Niven « L'Anneau-Monde », où des champs magnétiques confinent le plasma dans un réacteur.