Au centre de la Galaxie, des dizaines d'étoiles orbitent autour du trou noir supermassif Sgr A*, et ce sont elles qui ont permis les tests les plus forts de la relativité générale dans le champ d'un trou noir à ce jour : le décalage gravitationnel vers le rouge et la précession de Schwarzschild de l'étoile S2. Cependant, S2 passe au péricentre à environ 1400 rayons de Schwarzschild, avec une période de 16 ans. L'étoile S301, récemment découverte, a une période deux fois plus courte (8,68 ans), se trouve dix fois plus près de l'horizon (136 rayons de Schwarzschild) et se déplace au péricentre à 25 600 km/s, ce qui en fait l'étoile la plus rapide connue de la Galaxie. Une telle orbite devrait précesser nettement plus vite que celle de S2, mais S301 est plus de cent fois plus faible, donc elle ne peut être suivie que par astrométrie interférométrique avec le complexe GRAVITY+. La question est de savoir si la seule astrométrie suffira pour mesurer la précession de manière fiable en deux passages au péricentre, sachant que le premier, en 2031, est masqué par le Soleil.
Les auteurs ont construit un pipeline complet nécessaire pour la demande de temps d'observation. Ils ont pris les éléments orbitaux publiés de S301 issus de la solution GRAVITY Collaboration 2026, développé un modèle relativiste de courbe de lumière avec facteur Doppler exact et décalage gravitationnel vers le rouge, et comparé quatre schémas de cadence avec un budget fixe de 131 époques. Le schéma optimal D réserve 40 % des époques aux fenêtres de ±20 jours autour des deux péricentres, et répartit les autres époques par recherche gloutonne selon le critère de Fisher, moyenné sur les incertitudes des éléments orbitaux. L'ajustement comprend sept paramètres : six éléments képlériens et la vitesse de précession, le délai de propagation de la lumière de l'étoile étant pris en compte exactement par itérations newtoniennes. Les erreurs systématiques sont modélisées en trois niveaux : les termes qui peuvent être inclus dans l'ajustement (point de référence Sgr A*, masse et distance), les termes qui peuvent être contraints et ajoutés comme biais (masse étendue, lentille gravitationnelle, confusion de sources), et les bruits corrélés (décalages d'étalonnage et photocentre errant de Sgr A*), estimés sur 40 réalisations indépendantes.
Avec un bruit blanc de 207 microarcsecondes par époque, atteint sur S301 dans les données de découverte, l'ajustement retrouve la vitesse de précession injectée de 0,2307 degré par an comme 0,2324 ± 0,0023 degré par an, soit une significativité formelle de 96 sigma. Si GRAVITY+ atteint les 100 microarcsecondes prévues, la précision s'améliorera à ±0,0012 degré par an. Cependant, le bruit réel n'est pas blanc. L'ajout de décalages d'étalonnage de 60 microarcsecondes par passage et d'un bruit rouge du photocentre de Sgr A* d'amplitude 50 microarcsecondes et de temps de corrélation de six mois augmente la dispersion d'un facteur 2,09. La marginalisation conjointe sur le point de référence, la masse et la distance, l'ajout de biais contraints en quadrature et l'inflation empirique par sqrt(χ²_red)=1,47 issue des ajustements réels de GRAVITY donnent une précision finale de 0,0074 degré par an, soit 3,2 % du signal, correspondant à une détection à 31 sigma. L'occultation solaire masque le premier péricentre pendant 153 jours, mais cela ne dégrade que la période et l'époque du péricentre, pas la vitesse de précession. Les vitesses radiales sont inaccessibles à la magnitude de S301 (mK=19,3), et la photométrie ne fait que confirmer le modèle de courbe de lumière : χ²/N=1,05.
Ce travail montre que l'astrométrie seule avec GRAVITY+ peut fournir un test indépendant de la relativité générale dans le champ d'un trou noir supermassif, sans nécessiter la connaissance de son spin. Contrairement aux études voisines, qui soit modélisent de nombreuses étoiles pour extraire la précession de Lense-Thirring, soit analysent les données déjà obtenues de S2, ici est élaborée pour la première fois une stratégie d'observation détaillée pour une étoile spécifique, la plus extrême, S301, sur deux futurs passages au péricentre. La principale différence avec les travaux sur S2 est l'échelle : le péricentre de S301 est dix fois plus proche, la vitesse de précession est un ordre de grandeur plus élevée, et donc les exigences sur les systématiques sont plus strictes. Les auteurs montrent honnêtement que le spin du trou noir peut décaler la quantité mesurée de 5 à 6 %, et qualifient donc le test d'agnostique au spin, laissant la mesure du spin à une approche multi-étoiles.
Si la campagne est approuvée et menée, elle fournira la première mesure directe de la précession de Schwarzschild pour une étoile dont le péricentre n'est qu'à 136 rayons de Schwarzschild. À terme, l'ajout de vitesses radiales avec de futurs instruments, comme HARMONI sur l'Extremely Large Telescope, permettra de lever la dégénérescence masse-distance et de contraindre encore plus les paramètres orbitaux. La méthode multi-étoiles, développée en parallèle, pourra utiliser S301 comme l'une des ancres pour extraire la contribution du spin via la précession de Lense-Thirring. Enfin, l'accumulation d'époques après 2041 transformera les observations en un suivi à long terme qui vérifiera la stabilité de la précession sur des décennies.
Ce résultat influencera la planification des programmes d'observation de GRAVITY+ et des futurs instruments pour le centre galactique, ainsi que la stratégie de test de la relativité générale en champ fort.
Soumettre une demande de temps d'observation GRAVITY+ pour la campagne 2028-2041 avec la cadence proposée. En parallèle, préparer le canal spectroscopique sur ELT/HARMONI pour le deuxième péricentre en 2040.
Pour l'astrophysique du centre galactique, la mesure du spin du trou noir supermassif Sgr A* reste un problème clé non résolu. Ce travail ne le résout pas directement, mais crée la base nécessaire : un pipeline d'astrométrie et un budget d'erreurs validés pour l'étoile la plus rapide, qui pourra ensuite être inclus dans une analyse multi-étoiles pour extraire la précession de Lense-Thirring. Un autre problème ouvert est la contribution de la masse étendue à l'intérieur de l'orbite de S2, qui est contrainte ici mais pas complètement exclue.
S301 se déplace à 25 600 km/s à son péricentre, soit plus de 14 fois plus vite que la sonde spatiale la plus rapide jamais lancée par l'homme. Si une telle étoile devait aller de la Terre à la Lune, elle parcourrait cette distance en 15 secondes.
Dans le roman « La Lumière des étoiles lointaines » de Greg Egan, une civilisation vit sur une planète orbitant autour d'un trou noir supermassif, où la précession orbitale influence le climat. Ici, c'est la même physique, mais observée depuis une distance sûre.