Les télescopes terrestres modernes font appel à l'optique adaptative pour compenser la turbulence de l'atmosphère, mais les images restent déformées. Pour des mesures scientifiques précises, il faut connaître la forme de chaque déformation (la PSF). On la mesure généralement à partir d'étoiles de référence brillantes situées près de la cible, mais ces étoiles ne sont pas toujours disponibles. La méthode PSF-R reconstitue la forme de la déformation à partir des données du système d'optique adaptative lui-même, sans observations supplémentaires. C'est particulièrement important pour le futur télescope ELT et son miroir de 39 mètres, où les exigences de précision sont très élevées.
Les chercheurs ont utilisé des données de l'instrument ERIS sur le télescope VLT, obtenues en 2023 et 2024. Ils ont observé trois étoiles : une étoile de référence pour l'optique adaptative et deux situées à 7 et 16 secondes d'arc. Pour reconstituer la forme de la déformation, ils n'ont utilisé que la télémétrie de l'optique adaptative (les données de correction du miroir), les profils de turbulence atmosphérique fournis par l'instrument MASS-DIMM et les prévisions de vent du projet FATE. Toute l'information a été condensée en trois couches atmosphériques. La même méthode a été appliquée à des simulations créées par le programme SPECULA, afin de comparer les résultats.
Les formes de déformation reconstituées correspondent aux formes réelles avec une précision d'environ 10 % sur les paramètres clés : le rapport de Strehl, la largeur à mi-hauteur et l'énergie dans le cœur. La précision se maintenait jusqu'à une distance d'un demi-angle isoplanétique (environ 2 secondes d'arc). À une distance d'un angle isoplanétique complet, l'erreur montait à 20 %. Un jeu de données de 2024 a montré une turbulence surestimée, probablement liée à la courte longueur d'onde. Les simulations ont confirmé ces résultats et montré que, sur le plus grand télescope ELT, la précision sera meilleure grâce à la taille supérieure du miroir.
Ce travail confirme pour la première fois sur des données réelles que la méthode PSF-R fonctionne pour des observations hors axe (off-axis), avec une précision suffisante pour les objectifs scientifiques. Cela le distingue des travaux antérieurs, qui reposaient essentiellement sur des simulations. Le succès obtenu sur le télescope VLT de 8 mètres est encourageant pour l'ELT de 39 mètres : un miroir plus grand fournit davantage d'information pour la reconstitution, ce qui devrait améliorer la précision.
La méthode sera affinée pour tenir compte de l'incertitude des prévisions de vent. Il est également prévu de la tester sur d'autres instruments et dans d'autres conditions. Pour MICADO sur l'ELT, un service PSF-R sera créé, qui fournira automatiquement les formes de déformation reconstituées à tous les utilisateurs.
La méthode améliorera la précision de la photométrie et de la morphologie des objets étendus brillants, comme les galaxies et les amas d'étoiles. Elle permettra aussi d'observer des cibles qui n'ont pas d'étoile de référence brillante à proximité.
Mener des observations supplémentaires sur ERIS pour tester la méthode à différentes longueurs d'onde et dans différentes conditions. Développer et tester le service PSF-R pour MICADO sur l'ELT.
Ce travail résout le problème de la détermination précise de la forme des déformations pour l'optique adaptative, un point crucial pour les objets faibles et la photométrie de précision. Il s'inscrit dans un objectif plus large : accroître l'efficacité des télescopes terrestres.
La méthode reconstitue la forme de la déformation sans jamais regarder l'étoile elle-même, uniquement à partir des données de correction du miroir. C'est comme déduire la forme d'une vague du seul mouvement d'un flotteur.