Les vieilles chroniques chinoises regorgent de notes sur le temps : « au troisième mois, pas une goutte de pluie », « la rivière a débordé ». Mais ce sont des mots, pas des chiffres. Jusqu'ici, les traduire en données précises sur les précipitations relevait presque de l'impossible.
La nouvelle approche agit comme un traducteur entre la langue des chroniques et celle de la climatologie. Entraînée sur des millions d'entrées, elle comprend qu'à un événement « sécheresse » correspond généralement un certain niveau de précipitations, et reconstitue la carte des pluies sur tout le sud-est de la Chine. Le résultat est une chronique météo continue sur 543 ans, de 1368 à 1911.
La carte révèle également des décalages saisonniers liés à El Niño, ce courant chaud du Pacifique qui bouleverse la météo à l'échelle mondiale. Dans les enregistrements modernes, trop courts, ces rythmes lents sont invisibles. Ici, ils apparaissent comme un motif sur une vieille étoffe.
Ces données ne serviront pas seulement aux climatologues. Les historiens pourront vérifier comment sécheresses et inondations ont influencé les récoltes, les révoltes et la chute des dynasties. Les vieux mots sur le temps ont enfin trouvé la langue des chiffres.
Dans les chroniques chinoises, les observations météo étaient notées au jour près : par exemple, « il a plu trois jours d'affilée au quatrième mois ». Cela permet de reconstituer même les averses brèves.