El Niño 2026 : deux baromètres, un seul pronostic ✛ ✎

Original: "Climate network and complexity based ENSO forecast for 2026"
arXiv:2602.14773 · 2026-02-16 · arXiv non-exclusive · analyse indépendante · 2 min
Deux méthodes indépendantes ont donné des prévisions contradictoires pour 2026, et les auteurs les ont combinées en un scénario probabiliste.

Au mur, deux baromètres. L'un annonce le beau temps, l'autre un temps variable. Auquel se fier ? C'est à peu près la question qui s'est posée à un groupe de climatologues lorsque deux méthodes indépendantes ont prédit des avenirs différents pour le Pacifique en 2026.

La première méthode construit un réseau climatique : 14 points du centre et de l'est du Pacifique équatorial sont reliés à 193 points environnants si leurs températures évoluent de manière coordonnée. Lorsque le réseau devient trop « solidaire », c'est un signal : El Niño pourrait arriver l'année suivante, ce courant chaud qui bouleverse la météo du Pérou à l'Indonésie. Selon les données du réseau, le seuil n'a pas été franchi en 2025, et la probabilité d'El Niño en 2026 n'est que de 8,6 %.

El Niño n'est pas qu'une eau plus chaude. C'est un basculement de toute la machine climatique : les pluies quittent l'Australie pour les déserts d'Amérique du Sud, et les hivers en Russie deviennent plus doux.

La deuxième méthode ne s'intéresse pas aux connexions, mais à la « complexité » de la température en un point de l'océan. Si la série de températures devient plus imprévisible, cela ressemble à un frémissement avant l'événement. Selon cette méthode, la complexité a déjà dépassé le seuil, et El Niño 2026 est attendu faible, avec une probabilité de 71,4 %.

Les deux baromètres divergent. Les auteurs n'ont pas choisi qui avait raison. Ils ont invoqué la règle de Laplace, une formule du XVIIIe siècle conçue pour estimer la probabilité du lever du soleil. Au cours des 40 dernières années, il y a eu six cas où la méthode entropique criait « El Niño ! » tandis que la méthode du réseau restait silencieuse. Dans deux de ces cas, l'événement s'est effectivement produit. En appliquant la règle de Laplace, on obtient une probabilité d'El Niño en 2026 de 37,5 %.

La prévision officielle de la NOAA donne 61 %. L'écart est presque du simple au double, et ce n'est pas une erreur, mais une reconnaissance honnête : nous savons encore mal comment l'océan décide de se réveiller ou non.

Si El Niño se manifeste malgré tout, il sera probablement de type est-Pacifique, avec une eau chaude concentrée au large de l'Amérique du Sud. S'il ne se manifeste pas, la probabilité d'un état neutre est de 70,9 %, tandis que La Niña (la phase froide) ne concernerait que 18,2 % des cas. Les baromètres ne se sont pas accordés, mais nous avons désormais une carte des probabilités, et non une dispute.

La règle de Laplace, utilisée pour combiner les prévisions, a été formulée dès le XVIIIe siècle pour estimer la probabilité du lever du soleil. Ici, elle s'applique à des événements climatiques, soulignant le lien entre la théorie classique des probabilités et la climatologie moderne.

Scientifiques
Max PlanckClaude Shannon
Notions
ENSO spring predictability barrier El Niño-Southern Oscillation La Niña El Niño index Multivariate ENSO Index Jin-Timmermann model recharge oscillator model Southern Oscillation ERSST TAO/TRITON moorings NOAA CPC relative ONI interannual variability natural variability equatorial wave propagation prévision seasonal cycle climate network NOAA PMEL / TAO