Au mur, deux baromètres. L'un annonce le beau temps, l'autre un temps variable. Auquel se fier ? C'est à peu près la question qui s'est posée à un groupe de climatologues lorsque deux méthodes indépendantes ont prédit des avenirs différents pour le Pacifique en 2026.
La première méthode construit un réseau climatique : 14 points du centre et de l'est du Pacifique équatorial sont reliés à 193 points environnants si leurs températures évoluent de manière coordonnée. Lorsque le réseau devient trop « solidaire », c'est un signal : El Niño pourrait arriver l'année suivante, ce courant chaud qui bouleverse la météo du Pérou à l'Indonésie. Selon les données du réseau, le seuil n'a pas été franchi en 2025, et la probabilité d'El Niño en 2026 n'est que de 8,6 %.
La deuxième méthode ne s'intéresse pas aux connexions, mais à la « complexité » de la température en un point de l'océan. Si la série de températures devient plus imprévisible, cela ressemble à un frémissement avant l'événement. Selon cette méthode, la complexité a déjà dépassé le seuil, et El Niño 2026 est attendu faible, avec une probabilité de 71,4 %.
Les deux baromètres divergent. Les auteurs n'ont pas choisi qui avait raison. Ils ont invoqué la règle de Laplace, une formule du XVIIIe siècle conçue pour estimer la probabilité du lever du soleil. Au cours des 40 dernières années, il y a eu six cas où la méthode entropique criait « El Niño ! » tandis que la méthode du réseau restait silencieuse. Dans deux de ces cas, l'événement s'est effectivement produit. En appliquant la règle de Laplace, on obtient une probabilité d'El Niño en 2026 de 37,5 %.
Si El Niño se manifeste malgré tout, il sera probablement de type est-Pacifique, avec une eau chaude concentrée au large de l'Amérique du Sud. S'il ne se manifeste pas, la probabilité d'un état neutre est de 70,9 %, tandis que La Niña (la phase froide) ne concernerait que 18,2 % des cas. Les baromètres ne se sont pas accordés, mais nous avons désormais une carte des probabilités, et non une dispute.
La règle de Laplace, utilisée pour combiner les prévisions, a été formulée dès le XVIIIe siècle pour estimer la probabilité du lever du soleil. Ici, elle s'applique à des événements climatiques, soulignant le lien entre la théorie classique des probabilités et la climatologie moderne.