Dans le monde microscopique, les forces à longue portée — la gravité ou l'électricité — ne s'éteignent jamais, même à de très grandes distances. Ainsi, toute particule traîne derrière elle un sillage de photons ou de gravitons mous (c'est-à-dire de très basse énergie). Ce sillage est appelé « vêtement » : sans lui, les calculs s'effondrent, des infinis apparaissent.
On pensait auparavant qu'à cause de ce vêtement, deux particules habillées ne pouvaient pas être décrites comme deux entités indépendantes. Elles sont inextricablement liées, comme deux pelotes de laine dont les fils se sont emmêlés. Mais les auteurs de l'article ont trouvé de nouvelles variables — des modes zéro spéciaux du rayonnement. Ils agissent comme un peigne : ils séparent les fils communs en deux pelotes distinctes. Avec ces variables, l'état à plusieurs particules se décompose honnêtement en un produit d'états à une particule.
En substance, les physiciens ont changé de perspective. Ce qui semblait être une indécomposabilité fondamentale s'est révélé être un artefact des anciennes coordonnées. Dans le nouveau référentiel, le monde se reassemble à partir de briques simples — comme un jeu de construction pour enfants, où chaque pièce vit sa vie, mais sans créer de colle superflue lors de l'assemblage.
Le problème du « vêtement » des particules est connu depuis les années 1960. La célèbre construction de Faddeev et Kulish fut la première tentative de le résoudre, mais c'est précisément elle qui menait à l'indécomposabilité des états. Le nouveau travail élimine ce défaut.
Dans le roman de Greg Egan « La Cité des permutants », les physiciens se débattent avec un problème similaire : comment séparer une particule de son champ afin de téléporter une conscience. La solution vient en redéfinissant ce que l'on considère comme « la particule elle-même ».