Dans le vent solaire, ce flux de particules chargées provenant du Soleil, il existe de fines couches où les lignes de champ magnétique se brisent et se reconnectent. C'est un peu comme un élastique qui se déchire puis se recolle, en libérant de l'énergie. Ce processus s'appelle la reconnexion magnétique, et il se produit dans une couche très mince. Mais à quel point est-elle mince ? En général, on la mesure avec un seul satellite qui traverse la couche et enregistre les variations du champ magnétique. Le problème, c'est qu'un seul satellite ne peut pas distinguer si la frontière se déplace ou si elle est simplement épaisse.
Les quatre satellites de la mission MMS ont résolu ce problème. Ils volaient en formation, espacés de seulement 16 km les uns des autres, soit moins que la longueur d'une petite ville. Lorsque la frontière traversait la formation, chaque satellite enregistrait le signal avec un léger décalage, comme quatre microphones captant le même son. Grâce à ces décalages, on peut calculer précisément la vitesse et l'orientation de la frontière. Les auteurs ont appliqué cette méthode à quatre traversées : deux concernaient les bords du jet de reconnexion, c'est-à-dire la région de plasma accéléré, et deux concernaient des couches de courant adjacentes.
Les résultats montrent que pour les frontières calmes, la méthode standard fonctionne bien : l'erreur sur la vitesse ne dépasse pas 15 %. Mais sur une couche active, où la reconnexion se produit en ce moment même, la frontière se déplace 29 % plus vite que le plasma, et la méthode à un seul satellite introduit alors une erreur notable. L'épaisseur des bords du jet s'est révélée être d'environ 3000 km, soit quatre fois moins que le diamètre de la Terre. On a également découvert que les bords du jet ne sont pas parallèles, mais divergent de 22 degrés, comme les parois d'un tuyau qui s'élargit. Cela signifie que le jet de reconnexion a une forme non plane. Désormais, les scientifiques disposent d'un moyen de vérifier les données des satellites isolés et de mieux comprendre la quantité d'énergie libérée lors de la reconnexion dans le vent solaire.
La distance entre les satellites MMS n'était que de 16 km, soit moins que la longueur d'une petite ville, mais la précision de mesure des délais de signal atteignait la milliseconde, c'est-à-dire que les appareils « entendaient » la frontière avec une précision de fractions de seconde.