Deux danseurs sur la même scène : l'un tire d'un côté, l'autre de l'autre. Dans le cristal Cu2(OH)3Br, les atomes de cuivre s'alignent en chaînes, et leurs moments magnétiques (les spins) peuvent s'orienter de différentes manières : parfois parallèlement, parfois antiparallèlement. C'est comme si une même danse combinait des mouvements à l'unisson et en opposition de phase. Les scientifiques voulaient comprendre comment un champ magnétique externe réorganise cette danse.
Les scientifiques ont appliqué des champs magnétiques allant jusqu'à 31 teslas (soit un million de fois le champ terrestre) et ont observé comment le cristal absorbe le rayonnement térahertz. Lorsque le champ était dirigé perpendiculairement aux chaînes, à 5,4 teslas, un brusque basculement des spins se produisait : certains modes disparaissaient, d'autres apparaissaient. Lorsque le champ était dirigé le long des chaînes, pas de basculement brusque, mais à 16,3 teslas, un sous-système s'est complètement figé, ne laissant qu'un seul mode large.
Ainsi, on comprend mieux : auparavant, on ignorait comment les magnons et les spinons coexistants échangeaient de l'énergie lorsque le champ variait. Désormais, on voit que le champ agit comme un chef d'orchestre : il modifie brusquement la danse ou écarte en douceur l'un des danseurs. C'est une connaissance fondamentale, sans application immédiate, mais elle aide à comprendre comment fonctionnent les aimants quantiques.
Le cristal Cu2(OH)3Br est connu sous le nom de botallackite et a été décrit pour la première fois en 1948. Sa structure ressemble à une échelle d'ions cuivre, où les « barreaux » ferromagnétiques et antiferromagnétiques alternent.