Il existe un poisson qui traverse toute sa vie en six mois. Le killifish africain vieillit si vite que les chercheurs peuvent observer ses yeux passer de la jeunesse à la vieillesse en quelques semaines à peine. Mais pour comprendre quels gènes s'activent et se désactivent au passage, il faut une carte précise de ces gènes. L'ancienne carte était mauvaise : près de la moitié des entrées ressemblaient à des numéros sans nom, et impossible de dire ce qui changeait exactement.
La nouvelle carte est construite autrement. Les chercheurs ont pris des rétines de poissons jeunes et âgés, lu intégralement toutes les molécules d'ARN sans les découper en morceaux, et dressé une liste complète des gènes. Aujourd'hui, 71,9 % des gènes ont des noms qui ont du sens, et presque tous correspondent à des gènes humains. Quand les mêmes données ont été analysées avec la nouvelle carte, la proportion de molécules correctement identifiées a augmenté, et l'on a trouvé un quart de cellules en plus.
La comparaison des rétines jeunes et âgées a révélé 1683 gènes dont l'activité est modifiée. Certains gènes liés à l'inflammation s'intensifient, tandis que d'autres, chargés de l'énergie des cellules, faiblissent. C'est un peu comme dans une vieille maison : le chauffage tombe en panne d'abord, puis les réparations partent dans tous les sens. Les chercheurs peuvent désormais étudier le vieillissement de l'œil chez ce poisson et comparer les résultats aux données humaines. À vrai dire, la carte ne fonctionne encore bien que pour la rétine et le cerveau ; pour les autres organes, il faut la perfectionner.
Le killifish africain ne vit que 4–6 mois, mais sa rétine vieillit comme celle de l'humain : les dommages à l'ADN s'accumulent et l'acuité visuelle diminue. En outre, il possède deux gènes d'opsine verte presque identiques, et avec l'âge, l'un d'eux « se tait ».
Dans le roman d'Alan Dean Foster « Le Don de l'homme inutile », les extraterrestres vivent très peu de temps mais possèdent une biologie complexe. Le killifish, modèle de vieillissement accéléré, rappelle ces espèces de science-fiction et permet d'étudier des processus qui, chez l'humain, s'étalent sur des décennies.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.