Trois souris dans une cage, et chacune a son propre emploi du temps. L'une renifle la litière, l'autre grignote une graine, la troisième reste figée près de l'abreuvoir. Un mois plus tard, l'une d'elles recevra une injection qui arrêtera temporairement son horloge interne, tandis que les deux autres continueront de vivre selon leur routine. C'est ainsi que commence l'expérience : comment un seul médicament influe sur le vieillissement des ovaires.
Ce médicament s'appelle le tamoxifène. Il agit comme un douanier qui retient les voyageurs à la frontière pendant cinq jours, puis les laisse repartir. Dans les ovaires des souris, ce médicament active les gènes voulus, mais se fait passer lui-même pour une hormone. L'ovaire est très sensible aux hormones : après l'injection, le cycle se dérègle donc. Les chercheurs ont administré du tamoxifène aux souris à trois mois, puis ont suivi leurs cycles jusqu'à un an.
À six et douze mois, les ovaires ont été comparés au microscope et par la composition de leur ARN. L'âge laissait ses traces habituelles : le tissu conjonctif s'étendait, de grosses cellules à plusieurs noyaux s'accumulaient. Mais chez les souris passées par la douane, ces traces étaient identiques à celles des souris qui n'avaient subi aucun retard. Seuls trois gènes chez les jeunes et trois chez les âgées modifiaient leur activité après le tamoxifène, et aucun d'eux n'est lié au vieillissement. La douane retient donc les voyageurs un court moment, mais ne change pas leur itinéraire. Désormais, les biologistes le savent : après un traitement au tamoxifène, il faut attendre trois mois avant de tirer des conclusions sur les ovaires.
Chez l'humain, une souris de 6 mois correspond à peu près à une femme de 20 ans, et une souris de 12 mois à une femme de 40 ans. L'expérience couvre donc la période qui va du pic de fertilité au début du déclin lié à l'âge.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.