Une corde tendue sonne plus haut, une corde détendue plus bas. Dans les points quantiques, le rôle de la corde est tenu par le réseau cristallin : une compression ou un étirement modifie la couleur de la lumière émise. Le hic, c'est qu'à la croissance des nanofils, chaque point subit une tension aléatoire, et leurs « cordes » sonnent donc faux. Pour les réseaux quantiques, où les photons issus de différents émetteurs doivent être indiscernables, un tel désaccord est fatal.
Les chercheurs ont trouvé le moyen d'accorder chaque corde séparément, sans la toucher. Un nanofil de phosphure d'indium contenant un point quantique d'arséniure d'indium est enrobé d'une coquille de sulfure d'antimoine amorphe (Sb₂S₃). Ce matériau, comme la cire, se ramollit sous un faisceau lumineux. Un laser de longueur d'onde 671 nm, dirigé sur un nanofil unique, fait légèrement « couler » la coquille et relâche une partie de la contrainte mécanique exercée sur le cœur. Résultat : le point quantique subit une compression moindre, et son émission se décale vers le rouge. À température ambiante, le décalage atteint 7–8 meV, et il monte à 28 meV lorsqu'on refroidit à 12 K. Cela correspond à une variation de longueur d'onde d'environ 30 nm, comparable à la largeur d'un canal entier dans la bande des télécommunications.
Les expériences de diffraction des rayons X ont montré qu'après dépôt de la coquille, le cœur d'InP se contracte de 0,13 % selon les deux axes. C'est cette contrainte qui « désaccorde » la corde. L'irradiation la relâche, mais pas entièrement : il subsiste un décalage résiduel, que l'on peut contrôler par la dose de lumière. Point important, la largeur de raie d'émission ne se dégrade pas, autrement dit la qualité des photons uniques est préservée. La méthode fonctionne aux températures cryogéniques, là où les points quantiques sont habituellement utilisés.
Ce mode de réglage est sans contact et local : on peut corriger un émetteur sur une puce sans toucher ses voisins. Voilà qui ouvre la voie à des matrices de nanofils aux longueurs d'onde réglées individuellement pour des états intriqués. À terme, la méthode pourrait s'intégrer au procédé de fabrication des circuits photoniques intégrés, où l'accord des spectres d'émetteurs est un enjeu clé.
La corde tendue se laisse désormais accorder avec précision par un faisceau lumineux. Au lieu de cultiver des points quantiques parfaitement identiques, on peut les faire pousser avec une certaine dispersion, puis « accorder » chacun à la note voulue. Cette approche rapproche un peu plus les réseaux quantiques à grande échelle.
Un décalage de 28 meV à 12 K correspond à une variation de longueur d'onde d'environ 30 nm dans la bande O des télécommunications, ce qui est comparable à la largeur d'un canal DWDM entier.
Dans la série « The Expanse », l'intrication quantique sert à communiquer instantanément à travers le système solaire. Le réglage de longueurs d'onde identiques pour les émetteurs, comme celui décrit ici, est nécessaire pour créer de tels canaux de communication.