Une corde tendue sonne plus haut, une corde détendue sonne plus bas. Le point quantique enfermé dans un nanofil ressemble à une telle corde : comprimé, il émet dans le bleu ; moins comprimé, sa lumière tire vers le rouge. Le hic, c'est que pendant la croissance des nanofils, chaque point se retrouve comprimé à sa manière, et leurs couleurs ne coïncident pas. Or les réseaux quantiques exigent que tous les points émettent à l'identique.
Les chercheurs ont trouvé le moyen de « tendre » chaque corde à l'aide d'un faisceau lumineux. Le nanofil porteur du point quantique est enveloppé d'une coque faite d'un matériau particulier, qui se ramollit sous la lumière comme de la cire. Quand on dirige le laser sur cette coque, elle s'écoule légèrement et relâche une partie de la compression subie par le point quantique. La lumière émise par le point devient alors plus rouge. À température ambiante, le décalage reste modeste, mais lorsqu'on refroidit jusqu'à 12 K (moins 261 degrés Celsius), il atteint une valeur notable : la couleur se décale d'environ 30 nanomètres, soit l'équivalent de la largeur d'un canal entier en communication par fibre optique.
L'avantage de cette méthode, c'est qu'elle évite de toucher le nanofil lui-même : la lumière agit à distance et de façon très localisée. On peut accorder un point sur une puce sans affecter ses voisins. De quoi rapprocher la création de réseaux quantiques, où de nombreux émetteurs doivent fonctionner de concert.
Un décalage de 28 meV à 12 K correspond à une variation de longueur d'onde d'environ 30 nm dans la bande O des télécommunications, ce qui est comparable à la largeur d'un canal DWDM entier.
Dans la série « The Expanse », l'intrication quantique sert à communiquer instantanément à travers le système solaire. Le réglage de longueurs d'onde identiques pour les émetteurs, comme celui décrit ici, est nécessaire pour créer de tels canaux de communication.