Vous criez dans une pièce aux miroirs déformés et, au lieu d'un écho net, vous entendez un bourdonnement venu de partout. Il en va de même dans un film magnétique mince : l'onde lancée par une antenne se réfléchit sur les défauts et les irrégularités, et le microscope à pointe de diamant ne capte pas l'onde elle-même, mais un mélange chaotique de réflexions. On pensait auparavant que la carte obtenue avec un tel microscope montrait quelles ondes étaient présentes dans le film. Or une nouvelle étude montre que, près de la surface, cette carte trompe son monde.
Quand l'onde issue de l'antenne et les ondes réfléchies par les défauts s'additionnent, il apparaît un faux signal à vecteur d'onde nul, comme si l'onde restait sur place alors qu'en réalité elle n'existe pas. Les chercheurs l'ont vérifié sur un film de grenat de fer et d'yttrium, en faisant varier la distance entre la pointe et la surface. À grande distance, le spectre était propre ; en s'approchant, un pic anormal est apparu près de zéro. Le modèle a montré que ce pic naît de l'addition d'ondes qui s'annulent dans une direction mais s'amplifient dans une autre.
C'est comme dans une pièce aux miroirs déformés : l'écho des différentes parois se fond en un bourdonnement qui ne correspond à aucun des sons d'origine. Nous savons désormais que même de minuscules irrégularités sur le bord de l'antenne (100 nanomètres seulement) engendrent des faux signaux notables. Pour les futurs dispositifs magnétiques, où les ondes de spin transportent l'information, cela signifie qu'il faut tenir compte des défauts dès la conception, et non les ignorer. Les chercheurs proposent une méthode pour repérer ces artefacts et corriger les antennes afin que les ondes soient plus propres.
Le film de YIG utilisé dans l'étude est si parfait que son paramètre d'atténuation est cent fois plus faible que celui des ferrites courants. C'est précisément ce qui a permis d'observer les fins effets d'interférence que les pertes masquent dans les matériaux ordinaires.
L'idée de calcul ondulatoire sur les ondes de spin fait écho à la « logique à magnons » du roman de Greg Egan, L'Échelle de Schild, où les calculs s'effectuent sur des excitations quantiques dans un solide. Là comme ici, le problème clé est la maîtrise des modes parasites.