Ce travail se situe à l'écart sur la carte du voisinage : presque personne à proximité, le plus proche voisin se trouve à une distance de 0,517. Le groupe thématique des voisins couvre les algorithmes quantiques, la correction d'erreurs, l'information quantique et les ordinateurs quantiques, mais cet article ne traite pas de calcul quantique : il porte sur des oscillateurs spintroniques. Autour, beaucoup de travaux ont déjà été réalisés sur le contrôle de la dynamique de l'aimantation : la résistance dessine les angles secrets de la danse magnétique, les résonateurs supraconducteurs démontrent des effets de courants faibles, une corde change de rigidité dans l'oxyde de chrome, la polarisation des ondes gravitationnelles révèle des motifs de l'espace, le spin issu de la courbure fait tourner le son, le son dans un cristal devient plus précis que le quartz, la signature de spin d'un trou noir se manifeste dans une ondulation de polarisation, et un four à micro-ondes pour proton maintient le spin automatiquement. Tous ces travaux concernent d'une manière ou d'une autre le contrôle des oscillations, des spins ou des ondes, mais aucun ne résout le problème de la polarisation par champ pour les nano-oscillateurs à effet Hall de spin. Cet article comble cette lacune : il montre comment l'anisotropie cristalline d'un Co/Pt épitaxial crée un champ interne suffisant pour des auto-oscillations sans aimant externe.
Les films Co(8 nm)/Pt(8 nm)/AlOx(2 nm) ont été élaborés par pulvérisation magnétron sur un substrat de MgO(110) sous ultravide. Le substrat a été recuit à 850 °C sous oxygène pour obtenir une surface atomiquement lisse. Le cobalt a été déposé en deux étapes : 4 nm à 250 °C et 4 nm à température ambiante, afin d'assurer une croissance épitaxiale avec l'axe c dans le plan. La structure a été confirmée par microscopie électronique en transmission avec transformée de Fourier rapide. Des nanostructures avec un étranglement de 150 nm de largeur et un rayon de 50 nm ont été fabriquées par lithographie par faisceau d'électrons et gravure ionique. Les cycles d'hystérésis magnétique ont été mesurés sur un magnétomètre à échantillon vibrant. La dynamique a été étudiée par résonance ferromagnétique à couple de spin (STFMR) et par diffusion Brillouin à micro-focalisation (µ-BLS) avec un laser de 532 nm et une tache de 300 nm. La simulation micromagnétique a été réalisée dans MuMax3 avec les paramètres issus de l'expérience.
Le champ d'anisotropie déduit du cycle d'hystérésis s'élève à 0,36 T, et celui obtenu par ajustement des fréquences de résonance selon la formule de Kittel à 0,337 T, ce qui confirme la conservation de l'anisotropie cristalline après lithographie. En champ externe nul et avec une aimantation rémanente le long de l'axe x, des auto-oscillations apparaissaient au-dessus d'un seuil de courant et se maintenaient à des fréquences supérieures à 10 GHz. L'inversion du sens de l'aimantation rémanente changeait la polarité du courant pour laquelle les oscillations apparaissent. La BLS à micro-focalisation a montré que le mode intense f1 est localisé dans la région de l'étranglement, tandis que le mode plus faible et plus large f2 est réparti sur le dispositif et proche de la résonance ferromagnétique. Le courant de seuil diminuait avec l'augmentation de l'angle entre le courant et l'axe d'anisotropie, suivant la loi Ith = Ith,0 / sin φI. Pour des angles de 105°, 120° et 135°, deux branches spectrales fusionnaient progressivement en une seule dominante, ce qui indique une synchronisation mutuelle des modes de bord. Des impulsions de courant d'une durée de 70 µs en présence d'un champ auxiliaire inversaient l'aimantation rémanente, et l'extrapolation des limites de commutation donnait des champs nuls pour des courants de ±17 mA. La simulation micromagnétique a reproduit la commutation en champ nul et à densité de courant plus élevée.
Ce travail se distingue de ses voisins par l'utilisation de l'anisotropie cristalline d'un film épitaxial comme source interne de champ effectif, plutôt qu'un aimant externe ou une hétérostructure complexe. Les travaux voisins en spintronique et magnonique étudient des résonances, la polarisation ou l'automatique, mais ne proposent pas de polarisation par champ intégrée au matériau lui-même. Ici, il est montré pour la première fois que la symétrie épitaxiale de Co/Pt fournit un champ de 0,36 T, suffisant pour des auto-oscillations au-delà de 10 GHz sans champ externe, et permet en même temps une commutation non volatile de l'état via l'aimantation rémanente. C'est un pas vers des réseaux d'oscillateurs programmables localement, où chaque élément porte sa propre polarisation et peut être initialisé indépendamment.
Les développements futurs pourraient viser à réduire les dimensions de l'étranglement pour augmenter la densité de courant et abaisser le seuil de commutation, afin de parvenir à une programmation entièrement sans champ. Il est également prometteur de réunir de nombreux oscillateurs en réseaux, où l'interaction dipolaire ou par ondes de spin permettra de créer des états collectifs codant des variables de calcul. Le contrôle de l'angle entre le courant et l'axe cristallin ouvre la voie à des réseaux à gradient avec différents seuils et fréquences sur une même puce.
Les résultats auront un impact sur le développement des systèmes de calcul neuromorphiques, des générateurs hyperfréquences pour les communications sans fil et des machines d'Ising à oscillateurs, car ils éliminent le besoin d'aimants externes et permettent de commuter localement les éléments.
Les prochaines étapes comprennent la fabrication de nanoconstrictions avec une meilleure résistance aux courants pour vérifier une commutation entièrement sans champ, et la création de réseaux de plusieurs oscillateurs pour étudier la synchronisation mutuelle sans champ externe.
Ce travail se rattache au problème non résolu de la scalabilité des oscillateurs spintroniques : comment assurer un contrôle individuel des éléments dans un grand réseau sans champ magnétique global. L'anisotropie cristalline propose une solution locale, mais la question demeure de la stabilité de l'aimantation rémanente sous courants élevés et de la reproductibilité de la croissance épitaxiale sur des substrats industriels.
Le champ d'anisotropie de 0,36 T est environ 7000 fois plus intense que le champ magnétique terrestre, et la fréquence d'auto-oscillation supérieure à 10 GHz tombe dans la gamme utilisée par les radars et les communications par satellite.
L'idée d'oscillateurs accordables sans champ externe fait écho au concept de « puces neuromorphiques » du roman de William Gibson « Neuromancien », où les réseaux de calcul imitent les neurones biologiques.