Un interprète au tribunal saisit chaque mot, chaque soupir, chaque froissement dans un coin de la salle. Il n'a pas le droit de laisser filer un détail, car c'est de lui que dépend le sens de toute la conversation. C'est à peu près ainsi que fonctionne la tomographie quantique d'état : elle reconstitue l'état quantique complet d'un système à partir d'un ensemble de mesures, sans rien perdre en chemin.
Pendant longtemps, cet « interprète » est resté enfermé dans la boîte noire d'un logiciel commercial. Les chercheurs ne voyaient que le résultat, jamais le processus : comment, exactement, les données brutes de l'appareil se transforment en matrice densité, la description mathématique de l'état quantique. Le paquet Tomography-NMR ouvre cette boîte. Il prend le signal dans le domaine temporel, applique une transformée de Fourier, corrige la phase, puis extrait du spectre les intensités des pics.
Chaque doublet, c'est-à-dire la paire de pics issus de spins couplés, encode deux nombres : la somme et la différence des pics gauche et droit. Ces nombres sont directement liés aux coefficients du développement de l'état sur la base des opérateurs produits. Ensuite, on impose à la matrice obtenue des contraintes physiques : elle doit être hermitienne, avoir une trace égale à un et être semi-définie positive. C'est ainsi qu'un état quantique correct naît du spectre.
La vérification sur 20 états expérimentaux, préparés sur deux noyaux de phosphore 31 dans une molécule d'ADP, a montré une précision moyenne comprise entre 0.975 et 0.995. Les états de base ont été reconstruits avec une précision de 0.995, les sorties de la porte de Hadamard à 0.992, les états de Bell à 0.980. L'intégration optimisée pour des états particuliers atteint 0.998, tandis que les méthodes sans connaissance de la cible restent autour de 0.98.
Auparavant, pour vérifier le résultat de quelqu'un d'autre, il fallait faire confiance à un code fermé ou le reproduire de zéro. Désormais, n'importe qui peut télécharger Tomography-NMR, faire tourner les mêmes données et comparer les matrices densité. Pour l'informatique quantique expérimentale, cela signifie un changement de pratique : la transparence et la reproductibilité deviennent la norme, et non l'exception. Les étudiants disposent d'un outil pédagogique concret, et les chercheurs d'un langage commun pour comparer leurs résultats.
L'interprète ne reste plus derrière une vitre insonorisée. Il est sorti dans la salle, et chacun peut entendre comment il transforme les murmures en sens.
Le paquet s'appelle Tomography-NMR et est distribué sous licence MIT, ce qui permet de l'utiliser librement dans des projets académiques et commerciaux. La validation a été menée sur une molécule d'ADP, où deux noyaux de phosphore 31 sont couplés par une interaction J d'environ 22 Hz.