Dans le noyau d'un atome vivent des protons et des neutrons. Mais parfois, un invité s'y glisse : une particule nommée lambda. Elle ressemble au neutron, mais elle est plus lourde et possède une propriété spéciale que les physiciens appellent l'étrangeté. Un tel noyau avec son invité s'appelle un hypernoyau.
À Mayence, sur l'accélérateur MAMI, on a créé l'hypernoyau le plus léger : un triton avec un lambda à l'intérieur. Il est instable et se désintègre rapidement : le lambda disparaît et, à sa place, un pion s'échappe — une particule messagère légère. Les physiciens ont mesuré l'impulsion de ce pion avec une grande précision, comme un compteur de vitesse sur une voiture de course.
Grâce à l'impulsion du pion, ils ont pu calculer à quel point le lambda était solidement retenu dans le noyau. Résultat : l'énergie de liaison est de 0.523 MeV — c'est comme si un grain de sable collait à une balle de tennis avec une force qu'on avait sous-estimée jusqu'ici. Avant, on pensait que la liaison était plus faible, mais maintenant on voit que le lambda interagit plus fortement avec le deutéron (un noyau formé d'un proton et d'un neutron).
Ce résultat est comme un nouveau dynamomètre, plus précis, pour les forces nucléaires. Il oblige à revoir les calculs des interactions entre hyperons et nucléons, importants pour comprendre les étoiles à neutrons, où de telles particules peuvent être nombreuses.
Les hypernoyaux vivent moins d'un milliardième de seconde, mais pendant ce temps, ils parviennent à nous renseigner sur les forces qui agissent à l'intérieur du noyau atomique.
Dans la série « Star Trek », on mentionne des particules « étranges » comme source d'énergie — les hypernoyaux avec un lambda appartiennent justement à la famille des particules étranges.