À l'intérieur d'un transistor puissant, la chaleur s'échappe à travers les jonctions de différents cristaux, comme l'eau à travers des écluses étroites. Pour les nitrures d'aluminium et de gallium — les principaux matériaux de l'électronique de puissance — cette écluse est souvent une fine couche de leur alliage. On l'ajoute délibérément ou elle apparaît spontanément lors de la croissance du cristal. Personne ne savait auparavant si elle aidait ou gênait l'évacuation de la chaleur.
Les physiciens ont construit un modèle informatique basé sur des calculs quantiques et l'ont testé pour toutes les compositions possibles de l'alliage. Résultat : cette couche n'améliore pas, mais dégrade nettement le transfert de chaleur — jusqu'à le réduire de moitié. La raison en est que les atomes d'aluminium et de gallium dans l'alliage sont disposés de manière désordonnée, et les vibrations thermiques se dispersent sur ces irrégularités, comme des vagues sur un banc de galets.
Mais il y a une bonne nouvelle. Si l'on fait varier la composition de l'alliage non pas brutalement ni uniformément, mais selon une courbe en S douce — d'abord lentement, puis rapidement, puis de nouveau lentement — le flux de chaleur traverse l'interface presque sans perte. Cette transition agit comme un entonnoir acoustique : le son ne se réfléchit pas sur une marche, mais s'écoule en douceur dans un autre milieu. Cette découverte donne aux ingénieurs une recette simple : pour qu'une puce puissante ne surchauffe pas, il faut bien « étaler » l'interface entre les matériaux.
La résistance thermique d'une seule interface entre cristaux peut être supérieure à celle d'un micromètre entier du matériau lui-même — comme si un seul joint de rail freinait un train plus qu'un kilomètre de voie.