Chaque année, aux seuls États-Unis, les médecins réalisent plus de 16 millions d'examens avec l'isotope radioactif technétium-99m. Il illumine sur les images le cœur, les os, les poumons, aide à repérer une tumeur ou à vérifier la circulation sanguine. Mais cet isotope ne vit que six heures, on ne peut donc pas le stocker : il faut un approvisionnement constant. Aujourd'hui, le technétium est obtenu à partir du molybdène-99, qui naît presque entièrement dans des réacteurs nucléaires. Cette chaîne ressemble à un réseau d'eau avec une seule station de pompage : si elle tombe en panne, les robinets se tarissent dans des dizaines d'hôpitaux à la fois.
La nouvelle étude propose de remplacer le réacteur par un cyclotron compact — un accélérateur qui accélère des noyaux de deutérium (hydrogène lourd) et les projette sur une fine plaque de béryllium. L'impact produit un flux de neutrons : selon les calculs, jusqu'à 10 billions par seconde. Ces neutrons frappent un conteneur de molybdène-98 et le transforment en molybdène-99 — celui-là même dont on extrait le technétium à l'hôpital. L'installation fonctionne à une énergie relativement faible, donc aucune radiation dangereuse ne s'accumule autour, et l'appareil ne nécessite ni uranium hautement enrichi, ni achats auprès de réacteurs étrangers.
L'idée est d'installer une telle source directement à l'hôpital ou à proximité. La chaîne d'approvisionnement se réduit alors à un seul bâtiment : le matin, on produit le molybdène ; l'après-midi, on extrait le technétium ; le soir, on l'injecte au patient. Les calculs et la modélisation du faisceau montrent que le projet est physiquement réalisable. Si le prototype confirme les chiffres, les hôpitaux ne dépendront plus des caprices du calendrier des réacteurs — et les patients n'auront plus à attendre leur examen parce qu'un réacteur s'est arrêté loin de là.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2601.20997
Technetium-99m ($$^{99m}$$Tc) is essential to more than 16 million diagnostic procedures performed annually in the United States. It is typically acquired on-site from generators containing $$^{99}$$Mo, in turn produced at nuclear reactor facilities. This supply chain involves multiple points of vulnerability, which can lead to shortages and delays with potentially negative patient outcomes. We report on the development of a new family of cyclotrons originally designed for the IsoDAR neutrino experiment, capable of operating at much higher current than typical cyclotrons. When operated with deuterons at 1.5 MeV/amu and an anticipated continuous beam current of 5 mA, simulations project that such a system would yield $$\sim$$10$$^{13}$$ neutrons per second using a thin beryllium target. This neutron yield is sufficient, in principle, to support $$^{99}$$Mo production without the use of highly enriched uranium or reliance on foreign reactors. Simulations and conceptual design studies suggest that the system's beam dynamics could make it a viable pathway toward decentralized, hospital-based isotope generation. The relatively low energy of the deuterons minimizes activation and safety concerns. This work presents the physics motivation, technical design considerations, and projected neutron yields, outlining a pathway from a neutrino-physics prototype to a biomedical isotope production platform.
Le molybdène-99 n'est pas utile en soi aux médecins — c'est un isotope « parent » qui, à l'intérieur d'un générateur, produit en continu le technétium-99m, comme une machine à café qui délivre goutte à goutte une boisson fraîche.