Lorsqu'une jeune étoile éjecte des jets de gaz, ceux-ci percutent le nuage environnant comme un poing s'enfonçant dans un oreiller. Au point d'impact, le gaz est comprimé et chauffé : c'est une onde de choc. Dans cette zone brûlante, les atomes et les molécules simples entrent en collision et s'assemblent en composés plus volumineux, appelés molécules organiques complexes. Ces molécules sont les briques élémentaires de la vie future, et comprendre comment elles apparaissent est essentiel pour toute l'astrochimie.
Les astronomes ont pointé leurs télescopes vers la région entourant l'étoile IRAS4B1 dans la constellation de Persée. De l'étoile jaillissent deux flux de gaz dans des directions opposées : l'un vers le nord, l'autre vers le sud. Dans le flux sud, la température est plus élevée, et c'est là qu'on trouve le plus de molécules complexes : méthanol, acétonitrile, acétaldéhyde, et même des versions deutérées où l'hydrogène ordinaire est remplacé par du deutérium. Les cartes montrent que la composition moléculaire varie avec la distance à l'étoile : plus on s'en rapproche, plus certaines substances abondent ; plus on s'en éloigne, plus d'autres prédominent.
Cette découverte fait de la région autour d'IRAS4B1 un laboratoire précieux. Jusqu'à présent, des études aussi détaillées n'avaient été menées que sur un seul objet similaire : le jet L1157. Désormais, les scientifiques disposent d'un deuxième exemple et peuvent comparer comment les conditions dans différentes « cuisines » stellaires influencent les recettes des molécules. À l'avenir, des observations plus sensibles permettront de trouver encore plus de composés organiques et de décrire plus précisément comment les ondes de choc façonnent la chimie du cosmos.
Dans les jets d'IRAS4B1, on a trouvé du méthanol deutéré (CH2DOH) — une molécule où un atome d'hydrogène est remplacé par du deutérium. Ces versions isotopiques aident à retracer l'histoire de la matière : du nuage froid à l'onde de choc brûlante.
Dans le roman de Carl Sagan « Contact », l'héroïne cherche des signaux de civilisations extraterrestres, mais la vie elle-même dépend de simples molécules organiques qui naissent dans les ondes de choc des jeunes étoiles — comme dans l'objet IRAS4B1.