La fusion d'un proton avec du bore-11 promet une énergie sans neutrons nocifs — seulement des particules chargées, faciles à convertir en courant. Mais le proton et le bore se repoussent comme deux aimants de même pôle, et pour les unir, il faut généralement des températures de plusieurs milliards de degrés.
La solution : utiliser un muon, le frère lourd de l'électron. Il ne vit que quelques microsecondes, mais une fois capturé par un proton, il tourbillonne si près de lui qu'il neutralise son champ électrique. Le nuage muonique transforme le haut mur de répulsion en un petit obstacle à peine visible, comme un trampoline qui permet de sauter facilement par-dessus. Grâce à cela, même un proton paresseux fusionne avec le bore des milliers de fois plus vite à des énergies modérées.
Résultat : une fusion propre — aucun déchet radioactif, seulement de l'hélium (celui-là même qui gonfle les ballons de fête). Si on parvient à produire des muons en quantité, des réacteurs compacts et sûrs deviendront possibles.
Les muons naissent en permanence : chaque seconde, une dizaine de ces particules issues des rayons cosmiques traversent votre corps.
La catalyse muonique de la fusion est la pierre angulaire des moteurs dans le roman 'L'Œil du temps' de Larry Niven et Jerry Pournelle.