Le centre de la Voie lactée a longtemps laissé les astronomes perplexes : autour du trou noir supermassif Sagittaire A*, on observe plus de rayons gamma que prévu. On a attribué cette émission tantôt à la matière noire (dont la nature a été éclaircie par Vera Rubin et Fritz Zwicky), tantôt à des hordes d'étoiles mortes balises — les pulsars. Un nouveau modèle propose une troisième explication : cette lueur serait l'écho d'un ancien jet éjecté par le trou noir.
Il y a des millions d'années, le trou noir a éjecté un puissant jet de particules. Celui-ci a non seulement gonflé deux bulles géantes de gaz au-dessus et en dessous de la Galaxie, mais a aussi dispersé autour des protons lourds. En entrant en collision avec les atomes de gaz, ils produisent encore aujourd'hui un rayonnement gamma — un écho qui s'estompe d'un événement lointain. Le mécanisme d'extraction d'énergie de la rotation du trou noir, proposé par Roger Penrose en 1969, explique comment le jet a pu se former.
Les calculs montrent que même si d'autres sources contribuent principalement, la trace protonique du jet est inévitable. Pour un trou noir tournant à 90 % de sa vitesse limite, elle représente jusqu'à 10 % de l'excès de rayons gamma observé.
Sagittarius A*, d'une masse de 4 millions de soleils, est comprimé dans une région plus petite que l'orbite de Mercure. Sa rotation est si rapide que le bord du trou noir se déplace à une vitesse proche de celle de la lumière.
Dans « Fondation » d'Isaac Asimov, la capitale de la Galaxie est située en son cœur même — le centre turbulent et mystérieux de la Voie lactée.