Dans certains cristaux, les moments magnétiques des atomes oscillent de manière coordonnée, comme une vague dans un stade. Elle transporte le spin sans courant de charges, sans chauffer le matériau. Ce flux évoque une rivière invisible, silencieuse et froide. Les altermagnets bidimensionnels sont des matériaux particuliers : les ondes de spin y circulent différemment selon les axes. Mais on peut modifier la forme du cristal. Une simple pression suffit pour que les couches atomiques se déplacent et réorganisent les chemins magnétiques — c'est la transition ferroélastique. Le flux de spin change instantanément de direction sans aimants externes : c'est comme si le lit d'une rivière se détournait d'un simple geste de la main. Les tests sur une monocouche de CoTe2 à l'aide de la spectroscopie ont montré que, sous l'effet de la chaleur, un gradient de température apparaît et les ondes magnétiques circulent en entraînant le spin. La grande surprise : le coefficient qui relie la chaleur au courant de spin change de signe lors de la commutation. Autrement dit, une légère compression inverse le flux, sans le moindre aimant. C'est la voie vers des puces programmables à ondes de spin : elles chauffent à peine, économisent l'énergie et se commutent mécaniquement.
Les magnons transportent le spin sans déplacement de charges, donc ils ne chauffent presque pas le matériau : comme une onde sonore qui parcourt une chaîne sans que les maillons aient besoin de se déplacer.
L'idée de contrôler des flux sans champs évoque la technologie de « terraformation » en science-fiction, où l'on modifie le paysage pour obtenir les courants souhaités.