Un ordinateur quantique ressemble à un orchestre où chaque instrument est un qubit et le chef d'orchestre est le processeur de contrôle. Le chef doit non seulement donner le tempo, mais aussi changer la partition à temps si un soliste joue de manière inattendue. Avant, c'était presque impossible : toute modification du programme pouvait perturber le rythme précis des opérations déjà lancées, et l'expérience quantique s'effondrait.
Les ingénieurs du groupe de recherche ont présenté la puce TIDE, qui sépare deux mondes : le futur, que l'on peut réécrire, et le présent, qui est déjà figé et suit l'horloge. Un tapis roulant d'usine donne une image parlante : les pièces (les événements quantiques) avancent déjà sur la bande et on ne peut pas les arrêter. Mais l'ouvrier au bord du tapis peut rapidement changer le plan pour les pièces suivantes. TIDE fait de même : certaines commandes sont déjà « coulées » et partent vers les qubits, tandis que d'autres peuvent être modifiées en cours de route.
TIDE propose deux méthodes de mise à jour. La première est un correctif ciblé : on modifie un paramètre de la prochaine commande appropriée avant qu'elle ne parte en exécution. La seconde est plus radicale : on peut remplacer tout un bloc du programme, supprimer des instructions inutiles ou en insérer de nouvelles, sans toucher à celles déjà lancées. Toutes les modifications se font dans la partie « future » de la mémoire, tandis que la partie « présente » est protégée par un tampon, comme une écluse entre deux compartiments.
Les tests ont montré que même lorsque des perturbations étaient introduites dans le système, les commandes déjà acceptées s'exécutaient exactement au cycle prévu, sans le moindre accroc. La marge de temps minimale pour un correctif réussi n'était que de quatre cycles du cœur de contrôle. Et le remplacement d'un bloc entier de L commandes prenait L+5 cycles — plus rapide qu'un clin d'œil.
Cette approche ouvre la voie à des ordinateurs quantiques capables de s'adapter : par exemple, répéter une mesure si le résultat est inattendu, ou modifier le schéma de correction d'erreurs en plein calcul. Le chef d'orchestre peut enfin improviser sans craindre que l'orchestre se désynchronise.
Le tampon FIFO (premier arrivé, premier servi) de TIDE fonctionne comme une file d'attente à la caisse : celui qui est arrivé le premier est servi le premier, et personne ne passe devant, même si le caissier a reçu de nouvelles instructions.