Dans une pièce sombre, une étincelle jaillit entre deux fils — et l'instant d'après, il fait clair. Les physiciens ont fait quelque chose de semblable, mais un million de fois plus petit : à la frontière de deux cristaux transparents, ils ont tracé une piste conductrice et y ont laissé une coupure large de quelques atomes. Lorsqu'on a appliqué une tension continue à cet interstice minuscule, il s'est mis à briller.
La lumière n'est pas née de la chaleur, comme dans une ampoule, mais du champ électrique lui-même. À l'intérieur de l'interstice, le champ s'est révélé énorme — plus de dix millions de volts par mètre, comme si un nuage d'orage était placé entre le bout de vos doigts. Un tel champ force les électrons du cristal à osciller deux fois plus vite que d'habitude et à céder leur énergie sous forme de lumière à fréquence doublée. La luminosité croissait quadratiquement avec la tension : doublez la tension, la lumière devient quatre fois plus intense. À un volt, la luminosité variait presque d'un facteur quatre, et tout se passait sans délai ni hystérésis, comme un interrupteur.
Cet interstice peut être redessiné à volonté — tracer la piste ailleurs, modifier la forme de la coupure, et la lumière sera alors polarisée autrement. Une telle source de lumière accordable, plus petite que la longueur d'onde, sera utile dans les puces optiques, où l'on contrôle la lumière aussi facilement que le courant dans un transistor.
La lumière à fréquence doublée, c'est le même effet qui fait briller un pointeur laser vert : à l'intérieur, un faisceau laser infrarouge traverse un cristal qui double sa fréquence.