À l'intérieur des artères d'une personne vivant avec le VIH couve une mèche qui ne s'éteint pas, même lorsque la charge virale est supprimée. Cette mèche, c'est l'inflammation chronique, et une nouvelle étude montre qu'elle est entretenue par des cellules immunitaires particulières qui recyclent la vitamine A. Des chercheurs de la cohorte canadienne CHACS ont comparé le sang de 51 personnes vivant avec le VIH sous traitement et de 63 personnes sans VIH. Ils ont découvert que chez les premières, le sang contient davantage de monocytes à forte activité de l'enzyme ALDH, qui transforme la vitamine A en acide rétinoïque. L'acide rétinoïque est un puissant régulateur de l'inflammation, et son excès peut attiser le feu qui couve.
Le lien entre l'activité de l'ALDH et l'état des vaisseaux s'est révélé direct. Les participants ont passé une tomodensitométrie cardiaque pour mesurer le volume des plaques d'athérosclérose. Chez les personnes vivant avec le VIH, la fréquence des monocytes ALDH-positifs était corrélée au volume total des plaques (r=0.44), au volume de leur noyau lipidique (r=0.47) et à l'indice calcique (r=0.50). Autrement dit, plus le sang contenait de cellules à enzyme active, plus les dépôts dans les artères coronaires étaient épais et dangereux. Chez les personnes sans VIH, aucune corrélation de ce type n'a été observée.
La mèche qui couve est aussi alimentée du côté du plasma. Chez les patients vivant avec le VIH, les niveaux d'acide rétinoïque et de la protéine de transport de la vitamine A, RBP4, étaient élevés. Or la RBP4 était elle aussi corrélée au volume des plaques. Curieusement, chez les patients dont le sang contenait la protéine gp120 du VIH, les niveaux d'acide rétinoïque étaient plus élevés, ce qui suggère un lien avec l'activité résiduelle du virus.
Ce travail montre pour la première fois que, chez les personnes vivant avec le VIH sous traitement, l'activité de l'enzyme ALDH dans les monocytes est liée à une athérosclérose coronarienne subclinique. Cela élargit notre compréhension des mécanismes métaboliques du risque cardiovasculaire dans le VIH. La voie ALDH/acide rétinoïque pourrait constituer une nouvelle cible d'intervention, car le traitement standard par statines ne semble pas influencer ce marqueur.
La mèche qui couve dans les artères des personnes vivant avec le VIH a désormais une explication concrète. On sait maintenant qu'elle est entretenue par les monocytes à forte activité de l'ALDH et par un excès d'acide rétinoïque. Reste à déterminer quelles isoformes précises de l'enzyme agissent dans ces cellules et comment les apaiser. On aura alors la possibilité non pas simplement d'éteindre les flammes avec des statines, mais d'étouffer la mèche elle-même.
L'enzyme ALDH, qui s'est révélée liée à l'athérosclérose chez les personnes vivant avec le VIH, intervient aussi dans le métabolisme de l'alcool : sa forme inactive provoque des rougeurs du visage après la consommation d'alcool. Dans cette étude, son activité a été mesurée dans les monocytes, et non dans le foie, où elle agit sur l'alcool.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.