La nuit, dans une forêt, on ne voit les lucioles que là où la lampe de poche éclaire. C'est ainsi qu'on cherchait auparavant les sources de rayons X ultra-lumineuses : des points brillants dans d'autres galaxies qui émettent en rayons X plus fort qu'un trou noir ordinaire de masse stellaire. Les télescopes observaient des galaxies choisies pour d'autres objectifs, et laissaient passer la plupart de ces lucioles.
Le télescope eROSITA a pour la première fois observé tout le ciel occidental de manière uniforme, comme si nous avions allumé la lumière dans toute la forêt. Les astronomes ont trouvé 90 candidats fiables, dont 53 que personne n'avait vus auparavant. Chaque source a été vérifiée à la main pour ne pas la confondre avec des quasars lointains.
La comparaison avec les listes précédentes a montré que de nombreuses sources connues se sont éteintes, tandis que de nouvelles se sont allumées. Ces objets sont variables : ils s'embrasent puis s'éteignent en quelques mois. Ainsi, les catalogues antérieurs n'étaient pas seulement incomplets, mais biaisés.
Nous avons désormais une liste honnête de toutes les lucioles. Elle permet d'étudier dans quelles galaxies elles vivent et de savoir si certaines sont des trous noirs de masse intermédiaire, que l'on n'a pas encore trouvés.
Malgré leur nom d'« ultra-lumineuses », une ULX typique n'émet qu'environ 20 photons détectés par eROSITA sur toute la durée des observations : cela suffit pour estimer la luminosité, mais pas pour étudier le spectre en détail.
Dans le roman d'Arthur C. Clarke, « Rendez-vous avec Rama », des sources de rayons X dans d'autres galaxies sont évoquées comme d'éventuels balises de civilisations extraterrestres ; les ULX, avec leur luminosité extrême et leur variabilité, pourraient servir de telles balises naturelles, bien que leur nature soit probablement liée à l'accrétion sur des objets compacts.