Le tokamak maintient le plasma, un gaz surchauffé, dans un champ magnétique, comme une main invisible tient un flan. La forme du plasma doit être précise : s'il touche les parois, tout est gâché. Avant, les réglages pour contrôler la forme étaient calculés à l'avance, comme un navigateur trace une route sur une carte papier. Mais le plasma peut se comporter de manière inattendue, et la carte devient obsolète.
Sur l'installation MAST Upgrade, le réseau de neurones a appris à prédire comment la forme du plasma réagirait aux changements de courants. Toutes les 5 à 5,6 millisecondes, il produisait un nouveau tableau de sensibilité, et le contrôleur recalculait immédiatement les contours virtuels. C'est comme un GPS qui voit un embouteillage devant et propose un itinéraire de contournement, sans attendre que le conducteur s'en aperçoive lui-même.
Les expériences ont montré qu'un même émulateur peut gérer différentes tâches : maintenir la forme, suivre les perturbations, déplacer le pied du divertor. Il y a eu des difficultés : lorsque l'on contrôlait les sept paramètres à la fois, les nombres devenaient trop grands et le contrôle tremblait. Mais l'essentiel a été accompli : le réseau de neurones peut mettre à jour les réglages à la volée, et cela est compatible avec le système de contrôle habituel. Avant, les opérateurs préparaient manuellement les réglages pour chaque étape ; désormais, c'est le réseau de neurones qui le fait, et la préparation des expériences devient plus simple.
Les émulateurs neuronaux ont été entraînés sur 100 000 équilibres synthétiques générés en quelques jours sur un cluster haute performance, alors que le calcul manuel d'un tel nombre de contours virtuels prendrait des années.