Un radiotélescope composé de milliers d'antennes ressemble à une oreille géante qui entend tout le ciel à la fois. Mais une oreille ne sait pas dessiner une image. Auparavant, il fallait multiplier les signaux de chaque paire d'antennes, et plus il y a d'antennes, plus il y a de paires, comme les poignées de main lors d'une fête : dix invités donnent quarante-cinq poignées de main, et mille invités, près d'un demi-million. Pour un télescope avec des dizaines de milliers d'antennes, cela devient insurmontable.
Les auteurs ont transposé cette méthode sur de la logique programmable, une puce qui exécute de nombreuses opérations simultanément, comme une usine avec mille chaînes de montage. Le prototype sur une carte AMD Alveo V80 reçoit les signaux de 256 antennes et produit une image du ciel de 64×64 pixels toutes les 5 microsecondes. C'est comme photographier le ciel nocturne à une cadence de 195 000 images par seconde. Les tests sur des données synthétiques ont montré que toutes les sources sont bien positionnées, y compris un sursaut artificiellement ajouté.
Auparavant, on ignorait si la méthode pourrait fonctionner avec des dizaines de milliers d'antennes. Désormais, il est démontré qu'une seule carte gère un réseau de 20 000 éléments. Le secret réside dans le fait que la puce effectue les transformées de Fourier en parallèle et avec une consommation d'énergie inférieure à celle des processeurs graphiques. Ce n'est pas simplement une accélération, mais un changement d'approche : au lieu de stocker des millions de produits par paires, on calcule directement l'image. Dès aujourd'hui, cette méthode pourrait être intégrée au télescope SKA-Low, qui utilise les mêmes cartes, pour une surveillance continue de tout le ciel.
La carte AMD Alveo V80 utilisée dans le prototype est identique à celle déjà installée dans le corrélateur et le formateur de faisceaux de SKA-Low. Autrement dit, le même accélérateur peut à la fois calculer les corrélations et construire directement les images.
L'idée de « photographier » instantanément tout le ciel rappelle le système de surveillance du roman de Carl Sagan « Contact », où un réseau de radiotélescopes scanne continuellement le ciel à la recherche de signaux. Sauf qu'ici, au lieu de chercher une intelligence extraterrestre, on traque les explosions cosmiques rapides.