Un traducteur qui coupe enfin le bruit de la salle entend pour la première fois chaque mot. C'est ainsi que les horloges urinaires du vieillissement ont longtemps confondu le bruit des reins avec le signal de l'âge : les reins filtrent l'urine, et leur activité modifie l'ensemble des fragments protéiques qui servent à juger l'usure de l'organisme.
Les chercheurs ont recueilli l'urine de 1811 personnes aux reins sains et ont entraîné un modèle à prédire l'âge à partir de 12 019 peptides (de petits fragments protéiques). Puis, dans un vaste groupe de 7798 personnes présentant une fonction rénale variable, ils ont construit une surface de calibration : celle-ci corrige la prédiction selon la vitesse à laquelle les reins épurent le sang et selon la quantité d'albumine qui passe dans l'urine. La correction ne s'active qu'en cas d'atteinte de la filtration, et ne touche pas les personnes en bonne santé.
Après correction, l'horloge k-UPBioAge expliquait 87.6% de la variation de l'âge, avec une erreur de 4.91 ans. Une accélération de l'âge d'un écart-type augmentait le risque de décès de 48% après prise en compte de tous les facteurs. Cette accélération prédisait aussi l'infarctus, l'insuffisance cardiaque et la progression de la maladie rénale. Chez les personnes diabétiques et atteintes d'une maladie rénale, l'accélération de l'âge atteignait 13.1 ans par rapport aux personnes en bonne santé.
Désormais, le rein devient un axe de calibration plutôt qu'un obstacle. L'horloge urinaire se lit comme un signal systémique du vieillissement, et non comme le reflet du filtre. Cette approche peut être transposée à d'autres liquides corporels produits par des organes. Et si des médicaments contre le diabète ou la tension font reculer l'horloge, on disposera d'un moyen peu coûteux d'évaluer l'efficacité des traitements antiviellissement. Le traducteur n'est plus gêné par le bruit, et il entend le corps vieillir.
Le peptide isolé le plus fort de l'horloge provient de la protéine PECAM-1, qui siège à la surface des cellules vasculaires. Sa contribution à l'estimation de l'âge est de 0.634 an par écart-type.
L'idée d'une « horloge urinaire » fait écho au roman de Philip K. Dick « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? », où l'âge et la santé se déterminaient par des marqueurs biologiques. Ici, l'urine devient une fenêtre tout aussi directe sur l'âge biologique, mais sans les hypothèses de la science-fiction.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.