La poignée de main d'une personne âgée peut en dire plus sur son éducation que le diplôme accroché au mur. Sur trois continents (États-Unis, Chine et Europe), des chercheurs ont serré des dynamomètres dans les mains de dizaines de milliers de personnes de plus de cinquante ans et ont observé ceci : l'éducation agit comme un levier qui soulève la force musculaire, mais la longueur de ce levier dépend du lieu de naissance.
Les Européens se sont révélés les plus forts : en moyenne, leur main exerce une pression de 34,3 kg, comme un grand sac de pommes de terre. Les Américains, les plus faibles : 28,8 kg, soit à peu près le poids d'une valise de voyage moyenne. Les Chinois occupent le milieu avec 31,0 kg. Avec l'âge, la force diminue chez tout le monde, mais l'écart entre l'Europe et les États-Unis se creuse : à 50 ans, il n'est que de 1 kg, alors qu'à 80 ans, il atteint déjà 4,5 kg, comme la différence entre un paquet de sucre et un paquet de farine.
Mais le plus intéressant se cache dans la manière dont l'éducation répartit la force à l'intérieur de chaque pays. En Chine, l'écart entre les plus instruits et les moins instruits s'est avéré le plus grand : indice d'inégalité de 4,22 contre 2,77 en Europe et 1,67 aux États-Unis. Pourtant, le rendement de l'éducation pour un Chinois pris isolément est le plus faible : chez les hommes, le gain n'est que de 1,84 kg, et chez les femmes de 0,79 kg, moins qu'une plaquette de beurre. D'où un paradoxe : le levier est court, mais le fossé entre ceux qui ont pu s'en saisir et ceux qui n'ont pas pu est le plus profond.
L'indice de masse corporelle, souvent montré du doigt en cas de faiblesse, a joué un rôle inattendu. Il s'avère qu'il n'explique pas le lien entre l'éducation et la force, mais qu'il le dissimule. Les personnes plus instruites sont plus minces, et un poids plus faible est associé à une force de préhension moindre. Si l'on ne tient pas compte de cet effet, l'avantage de l'éducation paraît plus faible qu'il ne l'est en réalité. Aux États-Unis, cette contribution masquante s'élève à moins 7,4 %, en Europe à moins 4,8 %. Autrement dit, le surpoids des personnes moins instruites compense en partie leur déficit de force musculaire, et l'écart réel se révèle plus grand.
La poignée de main par laquelle ce récit a commencé résonne différemment selon les pays. En Europe, elle est ferme et assurée, et l'éducation y est un long levier qui aide chacun à soulever sa propre force. En Chine, le levier est plus court, mais le fossé entre ceux qui le possèdent et ceux qui en sont privés est plus large, surtout pour les femmes. Cela signifie qu'il ne suffit pas de donner une éducation à quelqu'un : encore faut-il que le levier fonctionne de la même manière pour tous, indépendamment du sexe et de l'histoire du pays.
L'écart de force de préhension entre les hommes européens et américains de niveau d'éducation élevé atteint 3,48 kg, soit l'équivalent du poids d'un petit chat.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.