Dans le noyau de chaque cellule, l'ADN est enroulé en double hélice, mais il lui arrive de former des boucles et des nœuds. L'un de ces nœuds est le G-quadruplexe : quatre brins d'ADN s'empilent en carré, comme des cartes dans un jeu. Les cellules tumorales en contiennent plus que les cellules saines, car leur ADN ne cesse de se réorganiser. Si l'on bloque ces nœuds, la cellule ne peut plus copier ses gènes et meurt.
Les scientifiques ont pris sept lignées de cellules cancéreuses du testicule et deux lignées de cellules saines, puis les ont traitées avec différentes substances qui se lient aux G-quadruplexes. Le plus sélectif s'est révélé être le CX-5461 : il tuait les cellules cancéreuses à des concentrations 10 à 160 fois plus faibles que les cellules saines. Au microscope, on voyait les cassures de l'ADN s'accumuler dans les cellules cancéreuses, tandis que les cellules saines restaient intactes.
Une analyse plus poussée a montré que le CX-5461 déclenche une chaîne d'événements : les nœuds de l'ADN se bloquent, la cellule cesse de lire ses gènes essentiels, accumule les cassures et active son programme d'autodestruction. Dans les cellules saines, en revanche, les nœuds sont rares et le médicament ne les touche presque pas. C'est comme une clé qui ne bloque la serrure que sur les portes des cellules tumorales, laissant ouvertes celles des cellules saines.
Aujourd'hui, le CX-5461 est déjà testé contre d'autres tumeurs. De nouvelles données montrent qu'il pourrait aussi aider dans le cancer du testicule, en particulier chez ceux pour qui le cisplatine n'a pas fonctionné. La prochaine étape consiste à vérifier s'il peut être associé aux médicaments existants, afin de traiter les tumeurs résistantes sans effets secondaires trop lourds. La clé de la serrure est trouvée, il reste à choisir le bon trousseau.
Les quadruplexes G sont des structures d'ADN à quatre brins qui se forment dans les régions riches en guanine. Ils ressemblent à des plaques carrées empilées et peuvent bloquer le travail des enzymes qui copient l'ADN.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.