Prédits par Wolfgang Pauli et nommés par Enrico Fermi, les neutrinos sont des particules quasi insaisissables. Au cœur des supernovas géantes et des fusions d'étoiles à neutrons, il s'en produit une quantité inimaginable. Chaque particule possède une saveur qui peut changer. On pensait autrefois que ces transformations se produisaient indépendamment les unes des autres. Mais dans la promiscuité d'un cataclysme stellaire, les neutrinos commencent à influencer leurs voisins.
À l'instar d'une foule où l'humeur se transmet de personne à personne, les neutrinos accélèrent leur changement d'état par un échange constant. Le nouveau modèle intègre pour la première fois ces interactions collectives dans une image cohérente. Il en ressort que lorsque les particules sont entassées, elles atteignent un type unique bien plus rapidement que ne le prédisaient les anciens modèles. Si les flux sont initialement séparés, le processus ralentit et la composition finale est différente. Le plus surprenant : en un instant d'effondrement du noyau, ces particules invisibles emportent plus d'énergie que le Soleil n'en émettra en 10 milliards d'années. C'est leur comportement qui dicte comment l'étoile s'embrase et quels éléments lourds, comme l'or, elle dispersera dans l'espace.
De la supernova de 1987, les détecteurs terrestres n'ont capté que 25 neutrinos – mais cela a suffi pour confirmer la théorie de l'effondrement stellaire.