En 2023, une étoile sans particularité dans la constellation du Taureau est soudainement devenue des dizaines de fois plus brillante. Ce comportement évoque une ampoule que l'on aurait brusquement poussée à fond : l'étoile a flamboyé, puis est revenue progressivement à son état initial.
Les astronomes ont saisi l'instant et ont pointé plusieurs télescopes vers l'étoile. Ils ont observé un disque de gaz et de poussière en rotation autour d'elle, comme un tourbillon dans une baignoire qui se vide. En temps normal, la matière de ce disque s'écoule vers l'étoile en un mince filet, mais parfois, comme dans un tuyau bouché, un amas s'accumule et plonge brusquement à l'intérieur. C'est cet amas qui a provoqué l'éruption.
L'étoile elle-même est petite et froide : sa température est d'environ 3400 degrés, et sa masse est inférieure au tiers de celle du Soleil. Mais même une étoile aussi modeste peut offrir un spectacle éclatant. Après l'éruption, les astronomes ont remarqué un vent soufflant de l'étoile, des flux de gaz qui renvoient une partie de la matière dans le disque. C'est comme si la baignoire, tout en se remplissant, éclaboussait un peu.
De telles éruptions ne sont pas rares chez les jeunes étoiles. Elles montrent comment une étoile gagne de la masse et comment son environnement se comporte. C'est peut-être à ces moments-là que se forment dans le disque des amas qui donneront plus tard naissance à des planètes.
Le taux auquel l'étoile a absorbé de la matière pendant l'éruption est d'environ 2.38×10⁻⁷ masse solaire par an. Cela semble peu, mais pour une étoile d'un tiers de masse solaire, cela équivaut à engloutir un petit astéroïde tous les quelques jours.
Dans le roman « Solaris » de Stanislas Lem, l'océan de la planète se comporte de manière imprévisible, tout comme les éruptions d'accrétion des jeunes étoiles — sauf que là-bas, le mystère est dans l'esprit, et ici, dans la physique.