Au centre de chaque grande galaxie, y compris notre Voie lactée, vit un trou noir supermassif. Il ne reste pas simplement en place — parfois, il aspire du gaz et de la poussière, puis en rejette une partie sous forme de puissants jets. Ces jets, ou « vents », emportent la matière loin du centre et influencent toute la galaxie. Mais jusqu'à présent, les astronomes ne pouvaient pas dire avec certitude si ces vents contiennent de la poussière et comment elle se déplace.
Le télescope James Webb a permis de scruter pour la première fois cette région invisible. Les scientifiques ont utilisé ses instruments infrarouges pour examiner dix galaxies proches avec des noyaux actifs. Ils cherchaient des traces d'hydrocarbures aromatiques polycycliques — ce sont les plus petits grains de poussière du milieu interstellaire, semblables à de minuscules flocons de suie. Ces molécules émettent une lueur dans l'infrarouge, mais leur signal est très faible et diffus. Pour l'isoler, ils ont utilisé une méthode comparable à la séparation des voix dans une pièce bruyante : une analyse informatique a extrait les « notes » recherchées du bruit de fond.
Le résultat a surpris : la poussière se déplace avec le gaz éjecté par le trou noir. Dans deux galaxies — NGC 5728 et NGC 7582 — on a pu observer simultanément le disque en rotation autour du centre et le flux qui en émane. De plus, la poussière dans ce flux se déplace à la même vitesse que le gaz ionisé, chauffé à des millions de degrés. C'est comme si de légers grains de poussière et de lourdes pierres volaient à la même vitesse dans un ouragan — cela montre que le vent est vraiment puissant.
Pourquoi est-ce important ? La poussière est la matière première des nouvelles étoiles et des planètes. Si les trous noirs l'éjectent de la galaxie, ils peuvent stopper la formation d'étoiles. Désormais, les astronomes disposent d'un outil pour mesurer ce processus directement. La prochaine fois que vous regarderez le ciel nocturne, rappelez-vous : même dans les recoins les plus sombres des galaxies, un travail invisible se poursuit — la poussière voyage sur les ailes du trou noir.
Les grains de poussière en question sont si petits qu'un million d'entre eux, alignés, couvriraient à peine l'épaisseur d'un cheveu humain.