Les molécules en solution se comportent comme une foule sur une place : elles peuvent se bousculer en désordre ou s'aligner en rangées régulières. La solution aqueuse de cromoglycate disodique est un modèle bien connu de cristaux liquides chromoniques, où ces « rangées » apparaissent spontanément. Mais si l'on éclaire la solution avec des ultraviolets, l'ordre s'effondre : les molécules commencent à se fragmenter.
Ces fragments — les produits de photodégradation — s'infiltrent entre les molécules intactes et les empêchent de s'assembler en colonnes soignées. Résultat : la zone de désordre sur le diagramme de phases s'élargit, tandis que la phase ordonnée recule. Les scientifiques l'ont confirmé en combinant diffusion des rayons X et microscopie en lumière polarisée : le motif de diffusion montre comment les structures régulières disparaissent.
Ce n'est pas qu'une curiosité de laboratoire. Il s'avère que la lumière permet d'ajuster finement les propriétés des matériaux mous : on éclaire — le liquide devient moins ordonné, on attend — il se rétablit partiellement. Cet « interrupteur lumineux » pourrait servir à créer des revêtements intelligents, des capteurs, ou même en biomédecine, où une réaction réversible à un stimulus externe est importante.
Les cristaux liquides chromoniques existent dans la nature : par exemple, certains colorants et même les molécules qui constituent les virus forment de telles structures en colonnes.