Dans le désert d'Atacama, au Chili, se dresse un télescope qui ne regarde pas les étoiles, mais la lumière la plus ancienne de l'Univers : le fond diffus cosmologique. Cette lumière voyage vers nous depuis près de 14 milliards d'années, depuis que l'Univers est devenu transparent. En chemin, elle traverse des nuages de gaz chaud autour des galaxies. Les électrons de ce gaz poussent légèrement les photons, comme le vent qui souffle sur du pollen en vol. Cela modifie un tout petit peu la température de la lumière : par endroits, elle devient plus chaude de quelques millionièmes de degré, ailleurs plus froide.
Si l'on superpose cette carte de températures à une carte de la répartition des galaxies, un motif apparaît. Là où les galaxies sont nombreuses, le gaz se déplace vers elles, attiré par leur gravité, et la lumière qui en provient présente un léger décalage. Les astronomes ont utilisé les données du télescope ACT et du nouveau relevé DESI, qui a mesuré les distances de millions de galaxies et de quasars. En combinant ces données, ils ont pour la première fois observé ces flux non seulement autour de galaxies rouges massives, mais aussi autour de galaxies bleues plus légères et de quasars brillants.
Cette carte des courants est un nouvel outil. Auparavant, les astronomes ne pouvaient voir que là où la matière s'accumulait, mais pas comment elle se déplaçait. Désormais, le mouvement est visible. Cela aide à peser la matière noire invisible, qui attire tout par sa gravité, et à vérifier s'il y a eu, au tout début, des irrégularités laissées par le Big Bang. Les premières mesures ont déjà fourni la limite la plus précise à ce jour sur ces irrégularités.
Le télescope dans le désert regarde vers le passé, et la carte des galaxies vers le présent. Leur combinaison montre comment l'Univers s'écoulait et s'écoule, comment des rivières invisibles de gaz et de galaxies poursuivent leur chemin sous l'effet de la gravité.
Le fond diffus cosmologique est le rayonnement laissé par le Big Bang. Il remplit uniformément tout le ciel, et sa température n'est que d'environ 2,7 degrés au-dessus du zéro absolu.
Dans le roman « Contact » de Carl Sagan, l'héroïne écoute des signaux venus de l'espace, et la légère ondulation du rayonnement micro-onde devient la clé de l'énigme — ici aussi, grâce à une ondulation à peine perceptible, les scientifiques lisent l'histoire de l'Univers.