Les détecteurs de matière noire classiques ressemblent à un gardien de but qui attend un tir puissant alors que le ballon roule à peine. Les particules invisibles qui remplissent notre Galaxie se déplacent souvent trop lentement pour être repérées par les capteurs sensibles. Mais la nature construit elle-même des accélérateurs : lorsqu'une étoile massive s'effondre et explose en supernova, elle projette les particules de matière noire avec une force énorme, comme des éclats de hache.
Ce « projectile » accéléré percute les atomes des minéraux anciens et les éjecte de leur place, laissant une trace microscopique — comme une rayure sur du verre. Dans les cristaux d'olivine, qui reposent dans la croûte terrestre depuis des milliards d'années, ces rayures s'accumulent. Les chercheurs ont calculé combien de traces auraient pu laisser des particules de masses différentes — de quelques MeV à des centaines de MeV (pour comparaison : la masse de l'électron est d'environ 0,5 MeV). Ils ont aussi pris en compte les « bruits » parasites : les neutrinos, les neutrons issus de l'uranium, le recul des noyaux de thorium.
L'analyse a montré : les paléodétecteurs peuvent détecter la matière noire dans une région de paramètres que ni les expériences actuelles ni celles prévues ne peuvent atteindre. Les explosions de supernovae dans notre Galaxie sont particulièrement intéressantes — leur flux de particules sur une époque géologique laisse une signature distincte dans les minéraux. L'exposition accumulée sur un milliard d'années donne un gain de sensibilité de centaines à des milliers de fois par rapport aux instruments de laboratoire qui ne fonctionnent que quelques années.
Ainsi, une pierre ancienne devient une machine à remonter le temps. Cette matière noire lente, presque insaisissable, que les pièges modernes ne voient pas, se retrouve emprisonnée dans le réseau cristallin — il suffit de savoir lire ces traces.
tel que rédigé par les auteurs, en anglais arXiv:2604.17869
Astrophysical dark matter particles with masses well below GeV-scale can be difficult to detect using conventional nuclear recoil experiments due to their low velocities in our Milky Way halo. Elastic scattering with high-energy cosmic rays or thermal production inside core-collapse supernovae can accelerate sub-GeV DM to (semi-)relativistic velocities, producing nuclear recoil energies above the keV threshold that paleo-detectors can record over geological timescales. Using olivine as the target with 100$$\,$$g$$\cdot$$Gyr exposure, we compute track length distributions from such (semi-)relativistic dark matter fluxes, incorporating all major backgrounds (neutrinos, uranium-chain neutrons, thorium recoils) with a statistical analysis on an Asimov dataset. We derive 95 C.L. projected sensitivity of paleo-detectors to the DM-nucleon cross section for dark matter masses between a few MeV and hundreds of MeV. Our results show that paleo-detectors are able to probe large parameter regions that are not covered by current and near-future experiments designed to detect dark matter and neutrinos. In particular, paleo-detectors offer a unique ability to record the dark matter flux from Galactic supernova events over geological times. Such cumulative exposure enables sensitivity gains of a few orders of magnitude compared to conventional experiments.
L'olivine ne se trouve pas seulement sur Terre — on la trouve dans le régolithe lunaire et dans les météorites. Peut-être que les échantillons extraterrestres conservent une chronique encore plus pure de la matière noire, non perturbée par les processus géologiques.
Dans le roman « Blindsight » de Peter Watts, la vie extraterrestre utilise des structures cristallines pour stocker l'information à des échelles de temps géologiques — un peu comme nos paléodétecteurs.