Une casserole d'eau sur la cuisinière : plus le feu est vif, plus vite la glace devient de l'eau, et l'eau de la vapeur. La chaleur détruit l'ordre. Mais parfois, la nature nous joue un tour : sous l'effet de la chaleur, un liquide se fige, comme une flaque par grand froid. Le plus célèbre de ces farceurs est l'hélium-3 : à basse température, il est liquide, mais si on le réchauffe jusqu'à 0,3 degré au-dessus du zéro absolu, il devient soudainement solide. C'est ce qu'on appelle l'effet Pomerantchouk.
Il s'avère qu'une transition « inverse » similaire se cache dans le monde des aimants. Des scientifiques ont étudié un cristal d'heptatantalate d'erbium – une substance où les atomes d'erbium se comportent comme de minuscules aiguilles magnétiques disposées sur un réseau triangulaire. En refroidissant jusqu'à 0,4 kelvin (soit -272,75 °C), les aiguilles s'alignent en un motif tricolore strict – un ordre magnétique « solide ». Mais si on retire encore un peu de chaleur, en descendant à 0,2 degré, le motif se désagrège : les aiguilles perdent l'ordre à longue distance et forment une ondulation striée – un état « liquide » des spins. Le « solide » magnétique a fondu sous l'effet du froid.
L'explication réside dans une compétition. Sur un réseau triangulaire, les aiguilles magnétiques ne peuvent pas satisfaire tous leurs voisins à la fois – c'est ce qu'on appelle la frustration. À température « élevée » (0,4 K), une interaction l'emporte et établit un ordre à trois sous-réseaux. Lorsque la température baisse, des forces plus faibles entrent en jeu, et le système choisit un compromis – une structure striée sans ordre rigide. Les chocs thermiques, qui d'habitude cassent tout, aident ici au contraire à maintenir l'ordre cristallin, et leur disparition le détruit.
L'effet Pomerantchouk dans l'hélium-3 a été utilisé pour atteindre des températures extrêmement basses : la compression de l'hélium solide retirait de la chaleur au liquide, fonctionnant comme un réfrigérateur.