Un neurone envoie un signal à son voisin. Celui-ci ne répond pas immédiatement : l'impulsion se propage le long de la fibre à vitesse finie, comme une lettre qui s'attarde en route. D'ordinaire, on considère ce délai comme une gêne, mais dans ces travaux, il devient chef d'orchestre.
Lorsque deux neurones excitables sont connectés avec un délai, un rythme apparaît spontanément entre eux. Les cellules se mettent à pulser ensemble — soit strictement en cadence, soit en opposition de phase, comme des pendules qui se balancent dans des directions opposées. Le plus surprenant : le passage du silence au chœur synchronisé ne se fait pas en douceur, mais par à-coups. On augmente un peu la force de la connexion ou on décale le délai, et le réseau s'embrase d'une activité coordonnée.
Les auteurs ont testé le mécanisme sur différents modèles de oscillations des réseaux de neurones — avec et sans bruit, avec et sans excitation. Partout, le tableau est le même : le délai et l'excitabilité engendrent des oscillations, et celles-ci mènent à une synchronisation brutale. C'est comme un orchestre où les musiciens ne s'entendent pas instantanément, mais où c'est précisément l'écho de la salle qui les fait jouer ensemble.
Dans le cerveau, le signal se propage le long de l'axone à une vitesse comprise entre 0,5 et 120 mètres par seconde — du pas de promenade au bolide de course. La différence de délais entre différentes voies peut atteindre des dizaines de millisecondes, et c'est précisément elle qui aide à régler les rythmes.
Dans le roman « Blindness » de Peter Watts, l'intelligence extraterrestre utilise un système nerveux distribué sans centre, où les délais de signal sont à la base de la pensée.