Un feu de forêt qui s'éteint et se rallume tout seul : voilà à quoi ressemble le cycle limite quantique mis au jour dans un nouveau modèle théorique. Dans un système quantique ouvert, où les particules échangent sans cesse de l'énergie avec l'environnement, les oscillations périodiques naissent non pas malgré le bruit, mais grâce à lui. On pense à un pendule que l'on pousse au bon moment, sauf qu'ici les poussées sont produites par le système lui-même.
Les auteurs ont étudié un réseau d'atomes de Rydberg, des particules dont l'électron est projeté loin du noyau et donc particulièrement sensible aux voisins. Dans ce modèle, les particules actives « contaminent » leurs voisines, comme des étincelles embrasent une forêt. Quand l'activité atteint son maximum, un mécanisme se déclenche et éteint l'incendie : le système passe dans un état absorbant, où toutes les particules sont inactives. Mais ensuite, une rétroaction lente fait remonter la densité, et le cycle recommence.
Les simulations numériques ont montré que le cycle est stable : le multiplicateur de Floquet pour le mode zéro est négatif, et les corrélations restent finies. Les corrélations à longue portée n'apparaissent qu'au moment de la transition et disparaissent ensuite. La production d'entropie, mesure de l'irréversibilité du processus, croît par paliers : elle ne varie presque pas dans la phase absorbante et augmente d'un coup à chaque transition.
On ne savait pas jusqu'ici si des oscillations auto-entretenues accompagnées de corrélations à longue portée pouvaient apparaître dans des systèmes quantiques ouverts sans ordre spatial statique. Il est désormais démontré que le cycle limite provient du passage répété par le point de bifurcation, où la susceptibilité diverge, engendrant des bouffées de corrélations et d'entropie. Les auteurs ont construit un modèle à rétroaction lente sur la densité totale, qui force le système à franchir cycliquement la boucle d'hystérésis du premier ordre.
Les applications pratiques pourraient concerner la création de générateurs quantiques de signaux périodiques et l'alerte précoce des transitions critiques dans les systèmes quantiques hors équilibre. Le feu de forêt qui s'éteint et se rallume tout seul n'est donc pas une simple jolie métaphore : c'est la description exacte de la façon dont le bruit engendre l'ordre.
Près du point de bifurcation, une seule particule active peut déclencher une réaction en chaîne d'activations, rappelant la propagation d'un feu de forêt : le système passe d'un état presque vide à un état entièrement actif en peu de temps.
L'idée d'oscillations auto-organisées dans les systèmes quantiques fait écho au concept de « conscience quantique » dans le roman de Greg Egan, L'Échelle de Schild, où des états quantiques collectifs engendrent de nouvelles formes d'ordre.