Un interprète se laisse distraire par le moindre bruissement dans la salle – et une heure de réunion se transforme en deux. C'est pareil pour la méthode standard de recherche du foyer épileptique : elle attend les phrases fortes – les moments où une crise éclate dans le cerveau. Mais l'épilepsie ressemble à une conversation où les mots importants ne se disent pas en criant, mais dans les silences entre les répliques. Le foyer de la maladie se cache souvent dans le calme du fonctionnement normal du cerveau.
Le système EpiiSLM agit autrement. Il a été entraîné sur 104 990 minutes d'enregistrements d'électrodes implantées dans le cerveau (stéréo-EEG), collectées à l'Institut neurologique de Montréal. La première partie du système – le modèle de signal – écoute les rythmes du sommeil calme et détecte les écarts par rapport au fond sain. La seconde – le modèle de langage – rassemble ces indices avec les données IRM et les antécédents médicaux. Ensemble, ils donnent au médecin une image claire : où se cache exactement la source des crises.
Le résultat est stupéfiant : une seule nuit de sommeil intercritique suffit pour que le système désigne le foyer avec une précision absolue au niveau de la partie du cerveau. Sur des données externes, collectées dans une autre clinique, la précision est restée élevée – 0,857. Derrière ces chiffres se cache une réelle possibilité de réduire le temps qu'une personne passe avec des fils dans la tête, à attendre une crise. Et d'augmenter la chance d'oublier à jamais les convulsions.
Pendant le sommeil, le cerveau ne se repose pas, il traite les souvenirs. Chez les personnes épileptiques, ces rythmes nocturnes cachent des indices sur la zone malade – et on a maintenant appris à les lire.
Dans la série « Perception », un neuroscientifique aide le FBI à résoudre des crimes en analysant l'activité cérébrale. EpiiSLM fait un travail similaire : il traque la source cachée du chaos grâce à des traces à peine perceptibles.