Une molécule polaire ressemble à un minuscule haltère avec des charges différentes à ses extrémités. En général, ces particules se collent ou se dispersent rapidement lors d'une rencontre — les forces électriques sont trop fortes. Mais les auteurs de l'étude ont trouvé un moyen de transformer cette agressivité en un jeu contrôlé.
Ils ont pris les deux niveaux d'énergie vibratoire les plus bas de la molécule (v=0 et v=1) et les ont déclarés états de pseudo-spin — l'analogue quantique d'une toupie qui peut être orientée « vers le haut » ou « vers le bas ». Ensuite, ils ont enfilé aux molécules un double « bouclier » micro-onde : un rayonnement à deux fréquences enveloppe les deux états, atténue les rapprochements dangereux et interdit les collisions triples. Les pertes de particules chutent de plusieurs centaines de fois.
Dans un gaz ordinaire, un tel système permettra d'observer les pérégrinations des excitations magnétiques et la naissance de gouttelettes quantiques avec des motifs de spin tourbillonnaires. Si l'on dispose les molécules dans les puits d'un réseau optique (une sorte de réseau cristallin lumineux), on pourra réaliser les modèles de Hubbard étendus et t–Jz. Ce sont des chevaux de bataille de la physique du solide, décrivant le comportement des électrons dans les matériaux. On pourra désormais les étudier directement, en déplaçant les molécules avec une pince laser.
Les molécules polaires peuvent interagir à distance, à une distance cent fois supérieure à leur propre taille — un peu comme deux personnes se lançant une balle à travers un terrain de football.