Après une demi-heure dans l'eau chaude, le ver nématode soit se replie en anneau, soit reste allongé comme un fil mouillé. Cette différence de posture n'est pas un simple détail : c'est tout un test de survie. Auparavant, pour savoir si un médicament ralentissait le vieillissement, les chercheurs attendaient des semaines que les vers meurent de mort naturelle, puis comptaient les survivants à la main. Désormais, le réseau de neurones examine une image et détermine en quelques secondes qui est vivant et qui ne l'est pas.
Imaginez un interprète qui se laisse distraire par chaque bruit dans la salle : une réunion d'une heure se transforme en deux. Le comptage manuel, c'est pareil : lent, source d'erreurs, avec la fatigue en prime. Le réseau de neurones, lui, a été entraîné sur des milliers d'images. Il repère le ver, isole sa silhouette et évalue son degré de courbure. Posture courbée, ver vivant ; posture droite, ver mort. La probabilité moyenne par puits donne une estimation de la survie.
Sur 2782 médicaments déjà approuvés pour l'humain, 130 ont passé la première sélection et 31 ont été confirmés au second test. Parmi eux, 18 ont prolongé la vie des vers, et 14 n'étaient pas connus jusqu'ici comme géroprotecteurs. Six des composés les plus puissants ont augmenté la durée de vie de plus de 30 %. Trois d'entre eux, l'isradipine, le clémizole et la pipéracilline, ont réduit le nombre de cellules sénescentes dans une culture de cellules endothéliales humaines.
Cette méthode peut être transposée à d'autres tests de stress et à d'autres modèles de maladie. Le goulot d'étranglement, ce sont la taille de l'incubateur et le nombre de blocs de cuivre. Avec un investissement modeste, on peut tester des milliers de composés par semaine. Le réseau de neurones peut être réentraîné pour reconnaître d'autres postures, comme la paralysie, afin de chercher des médicaments contre les maladies neurodégénératives. Le passage à des systèmes entièrement automatisés de culture et d'imagerie est envisageable.
La démarche du ver trahit son âge. Avant, nous attendions que le ver vieillisse et meure. Aujourd'hui, nous lui imposons un bref stress et nous observons comment il bouge. Un même signe, la courbure du corps, est devenu un indicateur rapide et fiable de la vitalité. Et ce n'est qu'un début : si la posture parle de survie, d'autres postures parleront peut-être d'autres maladies. Un ver incapable de s'enrouler pourrait bien indiquer un médicament contre la paralysie.
Les blocs de cuivre qui enserrent la plaque suppriment l'« effet de bord », c'est-à-dire la différence de chauffage entre les puits du bord et ceux du centre. Sans eux, la survie dans les puits périphériques serait plus faible, simplement à cause d'une chaleur inégale.
Non publié sur arXiv. Voici sa page, le PDF et la formalisation : vous pouvez vérifier vous-même, pas seulement lire notre analyse.