Un métal composé de cinq atomes différents, c'est comme une soupe où flottent des morceaux de carotte, de petits pois, de pomme de terre, d'oignon et de viande. Chaque morceau représente un élément : le chrome, le vanadium, le titane, le niobium et le tantale. Un tel alliage est dit à haute entropie : il n'y a pas d'ordre unique, les atomes sont mélangés presque au hasard.
D'habitude, magnétisme et supraconductivité sont ennemis. Un atome magnétique dans un supraconducteur, c'est comme une fausse note dans un concert : il brise les paires d'électrons qui transportent le courant sans résistance. Le chrome est justement un élément magnétique. Mais dans cet alliage, la supraconductivité survit. À une température d'environ 2,3 K (soit moins 271 degrés Celsius), l'alliage commence à conduire le courant sans perte.
Les scientifiques ont vérifié comment se comporte l'état supraconducteur. Il s'avère que les paires d'électrons se comportent presque comme dans la théorie BCS classique — celle qui explique la supraconductivité dans les métaux simples. C'est surprenant pour un alliage aussi désordonné. Autre surprise : la supraconductivité ne viole pas la symétrie temporelle, c'est-à-dire que les processus se déroulent de la même manière vers l'avant et vers l'arrière. C'est une propriété rare et importante.
Cet alliage est une excellente plateforme pour étudier comment le désordre, le magnétisme et la supraconductivité cohabitent. Peut-être qu'à l'avenir, cela aidera à créer des supraconducteurs qui ne craignent ni les champs magnétiques ni les impuretés.
La température de transition vers l'état supraconducteur de cet alliage est de 2,33 K. C'est plus froid que la surface de Pluton, où il fait environ 40 K.