Le gène EDTP a d'abord été identifié chez la mouche à viande comme substrat de la cathepsine L, avec une activité tyrosine phosphatase. On a découvert par la suite que son homologue humain MTMR14 (aussi appelé hJumpy ou MIP) déphosphoryle les lipides PI(3)P et PI(3,5)P2, et non des protéines, et qu'il est associé aux myopathies myotubulaires. Chez la drosophile, EDTP s'exprime dans les ovaires, les embryons et le corps gras, et ses allèles nuls sont létaux. Le rôle d'EDTP dans les muscles adultes, ainsi que son influence sur la durée de vie et la reproduction, restaient toutefois inconnus.
Les chercheurs ont utilisé la lignée DJ694, obtenue par piégeage d'enhancer GAL4 inséré dans le premier intron du gène EDTP. Une RT-PCR semi-quantitative a confirmé la baisse du taux d'ARNm d'EDTP chez les homozygotes DJ694. Pour vérifier les phénotypes, ils ont mesuré la fécondité (nombre d'œufs et proportion d'adultes éclos), la durée de vie, l'activité locomotrice, la morphologie des muscles et des ovaires. Pour établir la causalité, ils ont procédé à un sauvetage génétique en introduisant des constructions UAS-EDTP activées par le même driver GAL4 DJ694. Le sauvetage temporel a été réalisé grâce à un inhibiteur thermosensible de GAL80ts, qui permet d'activer l'expression d'EDTP à différentes étapes du cycle de vie.
Les homozygotes DJ694 ne présentaient aucun défaut de développement, mais pondaient nettement moins d'œufs que le contrôle w1118 et les hétérozygotes DJ694/+. Le défaut était récessif et indépendant de la température. Les mâles DJ694 avaient eux aussi une fertilité réduite : les œufs qu'ils fécondaient donnaient plus rarement des mouches adultes, alors que leur fréquence d'accouplement dépassait celle du type sauvage. La durée de vie des homozygotes DJ694 était raccourcie de 2–29% selon le sexe et le fond génétique. Aucun défaut locomoteur ou musculaire n'a été détecté. Les ovaires des jeunes femelles DJ694 semblaient normaux. Le sauvetage génétique par trois insertions indépendantes d'UAS-EDTP a entièrement rétabli la fécondité et la durée de vie. Le sauvetage temporel a montré qu'EDTP est nécessaire à la fois pendant le développement et à l'âge adulte pour une fécondité normale. Dans l'œil, la coexpression d'EDTP réduisait le nombre d'agrégats de polyglutamine, mais ce effet était absent dans les muscles, et EDTP n'influait pas sur le raccourcissement de la vie provoqué par les agrégats.
Les résultats montrent qu'EDTP est indispensable à la fonction reproductive et à la longévité chez la drosophile adulte, mais que son rôle dans les muscles n'est pas lié à l'élimination des agrégats protéiques. Cela remet en question l'hypothèse selon laquelle EDTP régulerait la durée de vie via l'autophagie musculaire. Les effets propres à chaque tissu (œil contre muscle) suggèrent des mécanismes d'action différents selon le contexte cellulaire.
Les recherches à venir pourraient chercher à élucider les mécanismes moléculaires qui relient EDTP à la fécondité et au vieillissement. EDTP agit peut-être sur la signalisation de l'hormone juvénile ou sur la fonction des cellules musculaires de l'oviducte et du canal éjaculateur. Il serait également intéressant d'étudier quels substrats lipidiques d'EDTP sont déterminants dans ces processus et comment son activité est régulée avec l'âge.
Ce travail compte pour la compréhension du rôle des myotubularines dans la physiologie de l'organisme entier, en particulier dans le contexte du vieillissement reproductif et des maladies musculaires. Les données obtenues pourraient servir à élaborer des modèles pour l'étude des myopathies humaines associées à MTMR14.
L'étape suivante pourrait être une étude détaillée de la spermatogenèse et de la fonction de l'oviducte chez les mouches DJ694, ainsi qu'une analyse du transfert de sperme après l'accouplement. Il faudrait aussi vérifier si EDTP agit sur la signalisation de l'hormone juvénile dans les ovaires et comment cela se rapporte à la fécondité.
Ce travail aborde un problème fondamental : comment les lipide phosphatases régulent le vieillissement et la santé reproductive. La question des mécanismes d'action d'EDTP propres à chaque tissu reste ouverte, tout comme celle de savoir pourquoi son effet sur les agrégats diffère entre l'œil et le muscle. Cela rejoint un enjeu plus large : comprendre le rôle du métabolisme des phosphoinositides dans la physiologie du vieillissement.
L'homologue humain d'EDTP a été baptisé hJumpy à cause du comportement sautillant des mouches portant une mutation de ce gène. De fait, les mouches DJ694 montrent une hyperactivité lorsqu'elles sont agitées et ont du mal à arrêter de faire vibrer leurs ailes après l'atterrissage.
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